Diario Judío México - Publié le 8 juin dans La Règle du Jeu

1 – Il n’était pas populaire de prendre la défense des Juifs persécutés au cours des années 30-40 ; il n’est pas populaire aujourd’hui de prendre, dans certains milieux, la défense de l’Etat d’Israël.

2 – Défendre le droit à l’existence d’Israël n’est pas synonyme d’ignorance du droit des palestiniens à un Etat. Tout le monde est d’accord pour une solution à deux Etats : un Etat israélien et un Etat palestinien coexistant côte à côte en paix. C’est ce que prévoyait «le plan de partage» adopté le  29 novembre 1947, par l’Assemblée générale des Nations Unies, par 33 voix pour, 13 contre et 10 abstentions (résolution 181).

L’acceptation de ce Plan aurait signifié la création de deux Etats. Il fut rejeté, hélas, par les pays arabes. Dès la proclamation de l’Etat d’Israël, six Etats arabes lançaient leurs armées contre le nouvel Etat décidés à le détruire dès sa (re)naissance. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Abderrahmane Azzam promettait même un «massacre pire que celui des Mongols»; d’autres voix parlaient de jeter tous les Juifs à la mer et de parachever l’œuvre d’Hitler. Rhétorique de haine ouvertement antisémite encore courante de nos jours dans certains milieux de la région.

3 – On peut évidement, critiquer la politique de tel ou tel gouvernement israélien sans être pour autant un irréductible antisémite. Les Israéliens sont d’ailleurs les premiers à critiquer leur propre gouvernement. Culture de la controverse enracinée dans la société illustrée par l’humoriste israélien Ephraïm Kishon : «Israël est le seul pays où lorsque vous détestez les hommes politiques, la qualité du service public et la situation en général, vous prouvez que vous aimez le pays et qu’en fin de compte c’est le seul pays dans lequel vous pouvez vivre.»

Oui, on peut critiquer le gouvernement israélien comme tout autre gouvernement mais remettre en cause le droit à l’existence de l’Etat d’Israël, cela ne relève pas d’une opinion honorable, cela relève de l’antisémitisme.

4 – Existent sans doute des gens de bonne volonté persuadés de combattre pour la bonne cause au Moyen Orient happés et embrigadés par le discours antisioniste. N’empêche : l’antisionisme est fondamentalement l’autre masque de l’antisémitisme. Il suffit d’interroger les archives pour découvrir  comment s’est mis en place au fil des années ce discours affirmant la mauvaiseté ontologique de l’Etat d’Israël et récusant son droit à être en raison de ses supposées origines douteuses.

5 – L’antisionisme est une vision du monde héritière d’une longue généalogie haineuse, vision du monde déjà manifeste dans le discours des leaders nazi. Dans Mein Kempf, Hitler, lui-même s’élève furieusement avec une violence inouïe contre le sionisme et l’idée de  création de l’Etat moderne d’Israël.

Quelques autres exemples :

– 1er juin de l’année 1937, télégramme de Von Neurath au Consul allemand en poste à Jérusalem : «La création d’un Etat dirigé par des Juifs sous mandat britannique ne correspond pas aux intérêts allemands : en effet, la Palestine ne pourra pas absorber la juiverie mondiale, mais, en revanche, fournira une base juridique supplémentaire à la juiverie internationale sur le modèle de l’Etat du Vatican pour le catholicisme… Par conséquent l’Allemagne est intéressée au renforcement de l’arabisme.»

– 2 novembre 1943, Lettre de Himmler au Mufti de Jérusalem : «Au Grand Mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini :  Depuis le début, le mouvement national-socialiste de la grande Allemagne est un étendard dans la lutte contre la juiverie mondiale. Notre mouvement suit de très près la bataille des Arabes pour leur indépendance, en particulier en Palestine contre les envahisseurs juifs.  La reconnaissance commune de l’ennemi et la lutte ensemble contre lui est ce qui fonde la base solide de la relation entre les nationaux-socialistes de la Grande Allemagne et les musulmans du monde épris de liberté. En ce jour malheureux de l’anniversaire de la déclaration Balfour, je suis heureux de vous transmettre mes vœux chaleureux pour la poursuite de votre combat jusqu’à la grande victoire».

6 – Et l’Union soviétique. On oublie souvent le rôle majeur joué par l’URSS dans la propagation de la détestation de l’Etat d’Israël et sa responsabilité dans l’ancrage dans une certaine opinion des conditions d’une acceptation durable de l’idée de destruction de l’Etat israélien. Le thème de l’amalgame sionisme-racisme a notamment  été activement porté par la propagande officielle soviétique.

Progressivement, le discours anti-Israël s’est installé sur le mode de l’évidence au cœur d’une certaine gauche. Il est devenu de mode pour être un vrai militant, un vrai de vrai, pur, révolutionnaire, d’être antisioniste. Des militants du Tiers-Monde reprendront d’ailleurs parfois en chœur le slogan «A bas le sionisme !» sans même savoir ce que signifiait le sionisme. L’Univers du militant lambda était désormais restreint, réduit à l’opposition globale sioniste-antisioniste.

7 – L’antisionisme est un essentialisme qui vise à graver la détestation d’Israël comme une norme globale supérieure, incontestable inscrite dans la nature des choses. Ainsi l’Etat d’Israël assigné à une nature négative, assimilé à un ensemble de préjugés, stigmatisé du fait de ses origines et sommé par ailleurs de se débarrasser de sa capacité à s’auto-défendre! Ce à quoi répondra un jour Madame Golda Meir : «Nous ne voulons pas être des socialistes qui ont eu raison ; nous voulons être des socialistes vivants.»

8 – L’antisionisme est un appel à la haine d’un Etat qui dissimule une autre haine moins avouable publiquement: la haine antisémite. Observer l’antisionisme, c’est observer dans une certaine mesure la manière dont la haine dissimulée sous les oripeaux de la lutte antiraciste récupérée, pliée à un autre usage, sert aujourd’hui à entretenir la haine antijuive, s’efforce de la légitimer et de la naturaliser.

9 – L’antisionisme n’est rien d’autre qu’une réplique actualisée, augmentée et dissimulée de la haine anti-juive. L’antisémite dit : je n’aime pas les Juifs ; l’antisioniste reprend : je n’ai rien contre les Juifs mais… je n’aime pas l’Etat d’Israël. L’antisémite affirme que les Juifs sont les responsables de tous les maux de l’Humanité ; l’antisioniste jure par tous les dieux qu’il n’a rien contre les Juifs mais que… Israël est le problème du monde. L’antisémite diabolise et aspire à la destruction des Juifs ; l’antisioniste œuvre à la délégitimation et à la destruction de l’Etat d’Israël. L’antisémite hier appelait au boycott économique, culturel des Juifs et disait «N’achetez pas aux Juifs»; l’antisioniste appelle aujourd’hui au boycott économique et culturel d’Israël et dit «N’achetez pas les produits israéliens !». L’antisémite accable les Juifs, l’antisioniste accable l’Etat juif.

10 – Martin Luther King avait compris très tôt ce qui était en jeu : «Qu’est-ce que l’antisionisme ? C’est le déni au peuple juif du droit fondamental de ce que nous revendiquons à juste titre pour les peuples de l’Afrique et pour toutes les autres nations du globe. C’est de la discrimination contre les Juifs, mes amis, parce qu’ils sont des Juifs. En clair, c’est de l’antisémitisme… Que mes paroles retentissent dans les profondeurs de votre âme : Quand les gens critiquent le sionisme, ils songent aux Juifs, ne vous y trompez pas!»