Diario Judío México - La rencontre, le 3 février 2020, entre le président du Conseil de souveraineté du Soudan Abd Al-Fattah Al-Burhan et le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou, a suscité des critiques dans les médias palestiniens et arabes. En réaction, le journaliste saoudien Abd Al-Rahman Al-Rashed, ancien rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, et directeur de la chaîne Al-Arabiya, a écrit qu’il comprenait les raisons ayant poussé Al-Burhan à nouer des liens avec Israël. 

Al-Rashed a relevé que le dirigeant soudanais faisait en sorte de faire retirer son pays des listes terroristes américaine et internationale, rappelant que de nombreux autres États arabes, dont le Qatar et même l’Autorité palestinienne, entretenaient des liens avec Israël dans leur propre intérêt. Selon lui, les critiques adressées à Al-Burhan sont injustifiées et trouvent leur origine dans les objectifs politiques étroits des Frères musulmans, lesquels ont perdu le pouvoir dans le pays il y a environ un an. Son article a été publié dans l’édition anglaise d’Al-Sharq Al-Awsat [1] :

Dans notre région, les choses ne sont pas toujours comme elles en ont l’air, ainsi que le prouve l’attaque virulente contre le Soudan et le président de son Conseil souverain, Abdel Fattah Al-Burhan, ayant pour prétexte sa rencontre avec le Premier ministre israélien en Ouganda.

Le principal moteur de cette attaque n’est autre que les Frères musulmans, qui ont perdu le pouvoir au Soudan l’année dernière. Leurs membres sont mécontents car les autorités soudanaises ont commencé à déraciner des milliers d’entre eux des institutions éducatives, sécuritaires et économiques que les Frères contrôlaient sous le précédent régime.

Le Soudan, comme les autres pays, est confronté à de sérieux défis qui ne peuvent être pris à la légère, et il ne peut agir contre ses intérêts supérieurs. Ne perdons pas de vue le fait que plus de la moitié des pays arabes – dont la Tunisie, le Qatar, le Maroc, l’Égypte, la Jordanie, Oman et d’autres – ont traité avec Israël.

N’oublions pas non plus que certains responsables de l’Autorité palestinienne (AP), auparavant boycottée par certains États arabes sous prétexte qu’elle a conclu un accord avec Israël, commettent la même erreur. L’intimidation politique exercée à l’encontre des gouvernements arabes au nom de la Palestine ou d’Israël est inacceptable. Tout le monde est las de ce discours politique en déclin, qui a l’audace de critiquer les États sans tenir compte de leur conjoncture et de leurs besoins. Les États ont leurs intérêts supérieurs, et les décisions souveraines ne doivent pas être prises sur Twitter. Ils ne doivent pas non plus subir la pression de ceux qui ont des caprices ou des intérêts personnels.

Pourquoi l’AP traite-t-elle avec le gouvernement israélien, lui achète-t-elle de l’électricité et échange-t-elle avec lui des informations sécuritaires ? Pour la simple raison qu’elle est obligée de le faire. Pourquoi un officiel souverain soudanais rencontre-t-il un officiel israélien ? Parce que son pays est toujours soumis à des sanctions et qu’il doit trouver des solutions pour mettre fin à ses crises.

Le Soudan traverse une période de transition difficile qui le place face à des manigances internes et externes, et les Palestiniens ne doivent pas être instrumentalisés. N’oublions pas que les Iraniens ont impliqué le précédent régime soudanais dans leurs combats au fil des ans. Le peuple soudanais a payé un prix fort pour cela. En effet, des navires iraniens ont été coulés au large des ports soudanais, et des camps d’entraînement militaire iraniens ont été bombardés en territoire soudanais. En outre, les crimes du précédent régime soudanais contre son peuple ont placé le Soudan sur les listes des pays subissant les sanctions internationales et américaines. Le Soudan n’a pas beaucoup d’options s’il veut faire lever ces sanctions, se distancier de la stratégie conflictuelle iranienne et se tourner vers le développement interne.

La machine d’encouragement à la violence des Frères musulmans fait des heures supplémentaires depuis que les Soudanais ont conclu avec brio un accord unique en son genre dans les régions du monde arabe affectées par des troubles politiques. C’est pourquoi il faut s’attendre à de l’agressivité de la part des parties mécontentes et de leurs alliés. Un certain nombre de dirigeants des Frères musulmans ont fui et se sont installés à Istanbul, y rejoignant les dirigeants du groupe égyptien et d’autres.

Quelles que soient les raisons de critiquer le Soudan, la cause palestinienne a tout à perdre lorsqu’elle est exploitée par de tels individus, qui l’utilisent depuis longtemps pour servir leurs propres intérêts et mener leurs combats. Personne n’ose s’élever contre l’incitation pratiquée par certains officiels palestiniens proches de Doha. La réunion d’Al-Burhan à Entebbe a duré deux heures, alors que rien n’a été dit des réunions qui se tiennent depuis les années 1990.

Lien vers le rapport en anglais

Note :

[1] Aawsat.com/français, 6 février 2020.