Diario Judío México - Au-delà de la seule barbarie d’un régime fou, le drame syrien révèle notre amnésie transformée progressivement en lâcheté. Les conséquences aujourd’hui abyssales pour les Syriens, risquent bien d’être terribles pour nous demain, avertit la chercheuse et militante Marie Peltier.

Ce que nous dit le drame syrien aujourd’hui, alors que le nombre de morts occasionnés par ce conflit interminable pourrait s’élever à 150000, se situe bien au-delà de la seule barbarie d’un régime fou, assassin et prêt à tout. Ce scandale révèle en réalité notre propre scandale, notre amnésie transformée progressivement en lâcheté. Il parle de notre propre rapport à la mémoire, celle de la violence et de l’oppression. Et si les conséquences sont aujourd’hui abyssales pour les Syriens, elles risquent bien d’être terribles pour nous demain, dans un avenir pas si lointain.

Nous devons aujourd’hui nous rendre à l’évidence, peu de conflits ont suscité une telle absence de réaction(s) que celui qui se déroule actuellement en Syrie. Comme si nos “tripes” d’abord, et nos “neurones” ensuite, s’en étaient résolument déconnecté. Nous le voyons depuis 3 ans. Noyés sous des argumentaires juridiques, écrasés par des postures idéologiques, nous semblons définitivement anesthésiés.

Les milliers d’images, de témoignages, de rapports d’ONG… Rien ne semble faire sens, susciter d’empathie, trouver d’écho. Les parades “intellectualisantes” ont définitivement pris le pas, l’analyse sans fin a jeté le trouble, la “complexité” projetée sur une situation pourtant infiniment claire dans sa réalité sanglante et répressive, a fait écran à tout jugement éthique et à la possibilité d’un positionnement exempt d’ambigüité.

Les facteurs ayant favorisé cette apathie sont nombreux, et ont été abondamment instrumentalisés par la propagande assadienne: une islamophobie galopante, un vieil anti-impérialisme dépassé et doctrinaire, une fausse vision de la laïcité, une cause palestinienne confinant chez certains à l’obsession aveuglante, etc. Mais rien pourtant ne suffit à expliquer notre absence d’indignation, là même où un Palestinien tué par l’armée israélienne suscite par exemple de manière automatique – et à juste titre – une vague de condamnations largement partagées. La question est en réalité plus fondamentale qu’il n’y parait.

Ce que refusons sans doute d’appréhender, c’est que derrière le régime Assad, il n’y a pas seulement l’autoritarisme, la violence et la répression dont les Syriens font quotidiennement les frais. Derrière ce système, il y a aussi ce que nous ne voulons plus voir, cette mémoire que nous avons progressivement refoulée. Cette barbarie dont a si précisément parlé Michel Seurat hier, celle dont parle aujourd’hui de manière poignante l’intellectuel et opposant syrien Yassine Al-Haj Saleh ; cette cruauté organisée, généralisée, automatisée, érigée en système.

Pas celle que notre imaginaire orientaliste privilégie spontanément quand il s’agit de cette région du monde, en l’essentialisant dans l’archétype du jeune “islamiste” barbu égorgeant ses victimes à l’arme blanche. Mais bien celle qui s’apprend, s’organise, se transmet, assujettit, avilit chaque individu, lui apprenant à chaque instant la terreur et le renoncement. Cette barbarie que nos grands-parents ont bien connue pourtant, au moins de manière indirecte. Celle-là même que nous avons rejetée avec force, construisant progressivement des institutions et organisations permettant de lui faire barrage.

Un XXIème siècle de la lâcheté

Mais nous avons sans doute voulu croire que celle-ci faisait résolument partie de notre passé. Pire encore, qu’elle ne nous concernait plus. Qu’elle se situait définitivement hors du champ des possibles et des combats à mener. Peu à peu, nous avons été conduits vers la voie dramatique d’une dés-éthisation. Ce “Mal” étant derrière nous – pensons-nous – n’est plus devenu un “Mal” en soi. Comme si nous pouvions désormais jouir du “luxe” de ne plus nous situer sur un plan moral devant l’ignoble. Mais qu’avons-nous imaginé, au fond ? Que nous allions enfin pouvoir “analyser”, par pur plaisir de l’ “analyse”, “complexifier”, par unique amour de la “complexité”, “idéologiser”, par seul intérêt pour l’idéologie ? Que nous avions désormais le droit de dés-universaliser nos découvertes et nos acquis, non pas par souci éthique, mais par confort, pour le bel exercice intellectuel que cela pouvait constituer ? Que nous pouvions sans rougir déshumaniser nos raisonnements et nos positionnements ? Exit l’indignation ? Exit la solidarité internationale ? Exit la lutte démocratique ?…

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