Dans une série d’articles parus dans la presse française et américaine, Bernard-Henri Lévy relate sa visite au Nigeria, où il a fait le constat d’un massacre des chrétiens d’une atroce brutalité. Il a relevé la présence turque et l’influence qatarie sur place.

Dans un éditorial du 20 décembre 2019 paru dans le Wall Street Journal intitulé « The New War Against Africa’s Christians » [La nouvelle guerre contre les chrétiens d’Afrique], Lévy évoque les islamistes violents « plus ou moins liés à Boko Haram » au sein du groupe ethnique fulani. Un évêque qu’il a rencontré lui a expliqué le mode opérationnel des assaillants fulanis : « Ils arrivent généralement la nuit. Ils sont pieds nus, donc on ne peut pas les entendre arriver à moins qu’ils ne soient à moto… Avant que les villageois ne puissent s’abriter ou fuir, les envahisseurs sont déjà chez eux, brandissant des machettes, brûlant, pillant, violant. Ils ne tuent pas tout le monde. A un moment donné, ils s’arrêtent, récitent un verset du Coran, rassemblent le bétail et se replient. Ils ont besoin de survivants pour propager la peur de village en village, pour témoigner que les pilleurs fulanis ne craignent rien d’autre qu’Allah et sont capables de tout. » Un Occidental vivant au Nigéria aurait déclaré que « des ‘instructeurs’ de Boko Haram ont été repérés à Bauchi, un autre État du nord-est, où ils enseignent à l’élite des combattants fulanis à manier des armes plus sophistiquées qui remplaceront leurs machettes ». [1]

Restituant des témoignages de victimes, Lévy a relaté celui d’une femme qu’il a rencontrée : « C’était le 15 juillet, raconte-t-elle. Les Fulanis ont déboulé, de nuit, sur des motos à longue selle, trois par moto, en hurlant ‘Allahou akbar !’. Ils ont brûlé les maisons. Tué ses quatre enfants sous ses yeux. » avant de lui couper le bras, « d’abord les doigts ; puis la main ; puis l’avant-bras ; et puis le reste ».

En visite au Nigeria, Lévy a rencontré un membre turc d’un « groupe religieux d’assistance mutuelle » qui, selon l’homme, ouvrait des madrassas pour filles du peuple fulani. Lévy décrit un Fulani armé portant une veste ornée d’insignes en turc et en arabe. Alors qu’il se trouvait assis dans un cercle de Fulanis, l’un d’entre eux a déclaré : « Les chrétiens sont des chiens et des enfants de chiens. Vous parlez de chrétiens. Pour nous, ce sont des traîtres. Ils ont adopté la religion des Blancs. Il n’y a pas de place ici pour les amis des Blancs, qui sont impurs ». Un vendeur de cartes postales a proposé à Lévy des portraits d’Oussama ben Laden et du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Un rapport publié par le 18 décembre 2019 évoquait l’enregistrement audio, mis en ligne sur YouTube en mars 2014, d’un appel téléphonique entre un haut responsable du gouvernement turc et un cadre de Turkish Airlines, dans lequel ce dernier déclarait : « Je transporte des dizaines de matériaux, ils se dirigent vers le Nigeria en ce moment même, d’accord ? Vont-ils tuer des musulmans ou vont-ils tuer des chrétiens ? Nous sommes dans le péché en ce moment, pour que vous sachiez” (voir Dépêche spéciale de n° 8421 March 2014 Audio Reportedly Features Phone Call Between Turkish Airlines Executive, Erdoğan Advisor About Turkish Arms Shipments To Nigeria: ‘Are They Going To Kill Muslims Or Are They Going To Kill Christians? We Are In Sin Right Now’, 18 décembre 2019).

Le 26 novembre 2019, les médias nigérians rapportaient qu’un porte-parole du quartier général de la défense du Nigeria avait déclaré que le gouvernement nigérian enquêtait sur des allégations selon lesquelles le gouvernement turc envoyait des armes à l’organisation terroriste Boko Haram au Nigeria.

Dans un article en français mis en ligne le 5 décembre 2019 sur le site de Paris Match, Lévy écrit : « Un homme est sorti me dire que je n’avais rien à faire ici. Il parlait anglais. J’ai eu le temps de lui faire avouer… qu’il était turc, membre d’un réseau d’’entraide religieuse’ financé par le Qatar et chargé d’ouvrir, dans les localités du Nord et du Centre, des madrasas pour filles de Fulanis. »

L’article poursuit : « Et le président Buhari, ce mixte africain d’Erdogan et MBS [Mohammed Ben Salman, prince héritier d’Arabie saoudite] qui a déjà régné, entre 1983 et 1985, à la suite d’un coup d’Etat et qui tient, aujourd’hui, grâce aux subsides d’Ankara, du Qatar et des Chinois, est lui-même un Fulani. » [2]

Lire le rapport dans son intégralité en anglais

Notes :

[1] Wsj.com/articles/the-new-war-against-africas-christians-11576880200, 20 décembre 2019.

[2] Parismatch.com/Actu/International/Au-Nigeria-on-massacre-les-chretiens-le-SOS-de-Bernard-Henri-Levy-1662940, 5 décembre 2019.