Diario Judío México - Le 13 juillet 2014, à Paris, rue de la Roquette. Une centaine de jeunes, portant pour beaucoup les couleurs du Hamas ou le drapeau palestinien, ont tenté d’attaquer et d’investir la synagogue qui se trouve dans cette rue, avec une violence inouïe, mais ils ont été repoussés par les CRS présents sur place. Le 19 juillet, malgré l’interdiction, des centaines de personnes se sont rassemblées à Barbès, très encadrées par les forces de l’ordre. Peu avant 16 heures, la manifestation a commencé à dégénérer, faisant fuir une partie des militants.

D’autres ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. En fin de journée, une vingtaine de manifestants, certains portant le drapeau palestinien sur les épaules, jetaient encore sur les forces mobiles de grosses pierres récupérées sur un chantier. D’autres cassaient un trottoir pour récupérer des pavés. Selon une source policière, 38 personnes ont été interpellées pour jets de projectiles, violences contre les forces de l’ordre et outrage. Dix-sept policiers et gendarmes ont été blessés. Plus tard, 19 personnes ont été placées en garde à vue. Elles sont soupçonnées de violences aggravées (en réunion ou avec arme) sur personne dépositaire de l’autorité publique, outrages, rébellion, dégradations aggravées ou encore participation à un attroupement.

Que dire également des violences qui ont ravagé la ville de Sarcelles? Voitures incendiées, mobilier urbain saccagé, magasins pillés. Et à 18 heures, la situation a dégénéré aux abords de la synagogue de l’avenue Paul Valery. Des cocktails Molotov et des fumigènes ont été lancés en direction du lieu de culte protégé par les policiers. S’agit-il d’un avant goût de pogrom antisémite?

Doit-on s’étonner de toute cette violence? Est-ce une nouveauté?

Face au conflit israélo-palestinien, chacun éprouve de l’empathie pour telle ou telle partie et des manifestations ont lieu. Mais elles sont le plus souvent organisées par les militants pro palestiniens. Si la majorité d’entre eux ne provoque pas de trouble, la tension est cependant presque toujours palpable dans les cortèges (cris, hurlements…), depuis 2000. Dans ces manifestations, les slogans les plus outranciers sont scandés. Mais il y a aussi ces cris de “Mort aux Juifs”, des étoiles de David identifiées sur les banderoles à la croix gammée et ces maquettes de roquettes Qassam brandies par les militants cagoulés. Pour certains, l’objectif réel est de défendre le Hamas ou le Hezbollah. Pis, des dérapages ont lieu, œuvre de casseurs qui veulent en découdre avec les forces de l’ordre ou de jeunes paumés et de provocateurs antisémites et islamistes, entraînant des heurts violents avec la police. Prenons quelques exemples.

Que se passe-t-il en 2009?

La manifestation du 10 janvier 2009, pour dénoncer une énième intervention israélienne à Gaza, donne lieu à des débordements au moment de sa dispersion. Elle avait pourtant été placée sous haute surveillance, avec près de 3800 policiers et gendarmes mobilisés autour du cortège. Mais, l’ambiance est tendue à certains endroits dans la marée de manifestants. Les slogans fusent et tout le monde en prend pour son grade. Les médias sont également conspués. Des vitrines de cabines téléphoniques et d’abribus volent en éclats. Scooters et vélos sont incendiés par de petits groupes que les CRS dispersent à coup de gaz lacrymogènes. Les policiers sont eux-mêmes la cible de projectiles (barres métalliques de protection des arbres, bouteilles de verre, sacs poubelles en feu…). Le bilan est lourd: 180 interpellations et douze policiers blessés. Loin d’être “familiale” et “cordiale”, la manifestation est tendue.

Que se passe-t-il lors de la manifestation du 10 janvier 2009 à Nice?

La manifestation pro-palestinienne dégénère. Durant deux heures, des centaines de manifestants violents affrontent la police sur l’avenue Jean-Médecin et la Place Albert 1er. Ce devait être, contrairement à celle de Paris, une manifestation pacifique, non-violente, pour soutenir les Palestiniens. Le défilé rassemble près de 5000 personnes. Mais, et comme souvent, c’est au moment de la dispersion qu’elle dégénère. Des échauffourées éclatent alors que le “service d’ordre” semble impuissant. Des manifestants cagoulés jettent des pierres, des bouteilles en verre et du mobilier urbain (panneaux, poteaux, clôtures…). Un centre commercial baisse ses grilles pour éviter les intrusions, tandis que des centaines de personnes faisaient du shopping à l’intérieur. Les vitrines du Mac Donald de l’avenue Jean-Médecin sont brisées avec des chaises et des tables qui se trouvaient sur la chaussée. Côté Promenade des Anglais, des pierres sont lancées en direction d’un autre Mac Donald et du casino Ruhl (groupe Barrière).

Selon Charlie Hebdo (du 14 janvier 2009), les manifestations de soutien à la Palestine (à Paris, Nice et ailleurs) soulignent le fossé qui sépare humanistes et fanatiques: “Les raisons ne manquent pas pour aller aux manifestations de soutien aux Palestiniens. […] Seul hic, on risque de se retrouver en mauvaise compagnie. Les cortèges de l’UOIF, du Hamas et du Hezbollah ont nettement plus de succès. Il faut dire que l’animateur du Hezbollah s’y connaît en karaoké: ”Vive les kataieb kassam”! (du nom des brigades du Hamas qui tirent sur des civils israéliens). De tels poumons ne sauraient se limiter au répertoire de la Palestine. Au micro, le ”chanteur” lance un appel: ”À Beyrouth, résistance! En Algérie, résistance! À Istanbul, résistance! Au Caire, résistance! Au Maroc, résistance! En Afghanistan, résistance! À Bagdad, résistance!” Il conclut son refrain en arabe: ”Mort à Israël, mort à l’Amérique!””

Dans Le Figaro (éditorial du 4 mars 2009), Etienne Mougeotte revient lui aussi sur ces manifestations. Pour lui, les Français ne sont pas majoritairement antisémites, mais la menace antisémite n’est jamais loin: “Les manifestations en France de soutien au peuple palestinien ont glissé d’une solidarité légitime aux populations de Gaza à un antisionisme virulent, qui a débouché à son tour sur des images et des symboles antisémites. […] Là réside le danger de l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien par l’extrême-gauche. Car on peut tout reprocher à Israël, la disproportion de la riposte de Tsahal aux tirs de roquettes du Hamas contre les populations civiles israéliennes. Mais exalter l’antisionisme, c’est tout simplement refuser aux Israéliens le droit de vivre dans un État reconnu par la communauté internationale et dont le lien avec Sion, c’est-à-dire Jérusalem, est constitutif de cet État.”

Et en 2010?

Le 31 mai 2010, une flottille de bateaux militants pro-palestiniens tente d’accoster sur les rives de la bande de Gaza, brisant ainsi le blocus décrété par Israël contre le territoire. La tentative des huit cargos, remplis de matériel et de vivres, déclenche une riposte militaire israélienne: l’assaut entraîne la mort de neuf personnes. C’est dans ce climat tendu qu’une nouvelle manifestation, destinée à dénoncer l’attaque, est organisée dans la soirée à Paris aux abords du rond-point Franklin-Roosevelt, dans le VIIIème arrondissement, non loin de l’ambassade d’Israël. Différents partis et associations (Parti de Gauche, Verts, Union juive française pour la paix, Sud-Étudiant et MRAP) appellent à défiler. “Israël assassin, Sarkozy complice”, “Fermez l’ambassade des assassins israéliens”, scandent les manifestants, qui tentent de bloquer la circulation sur l’avenue des Champs-Élysées où ils ont déployé un immense drapeau palestinien. Des heurts ont lieu avec la police, qui réplique aux jets de pierre par des tirs de gaz lacrymogène…