Diario Judío México -

Lamya Bashar, jeune femme yézidie retenue en captivité par l’Etat islamique pendant 20 mois, a été interviewée sur ON TV (Égypte) le 18 novembre 2018. Lamya a déclaré que tous les membres masculins de sa famille ont été tués et qu’elle n’a pas eu de nouvelles de sa mère depuis plus de quatre ans. Elle a décrit le marché des esclaves au tribunal de la charia à Mossoul, où l’Etat islamique affichait les photos, les noms et les prix des filles à vendre. Lamya et sa sœur ont été achetées par un membre de l’Etat islamique qui les violait et les battait ensemble. Agée de 15 ans à l’époque, elle affirme avoir voulu se suicider après le premier viol. Elle a ensuite été séparée de sa sœur et a été achetée par un second membre de l’ISIS, qui l’a obligée à travailler dans un magasin de fabrication de voitures piégées et d’engins explosifs. Lorsque Lamya et deux de ses amies se sont enfuies de Hawija (Irak), l’une d’elles a heurté un engin explosif. Suite à l’explosion, les deux autres filles sont mortes, et Lamya, devenue aveugle, a eu le visage brûlé. Elle a décrit ce moment ainsi : « Tout ce que je voulais, c’était mourir et trouver du repos. » Extraits :

Lamya Bashar : [L’Etat islamique] est entré à Sinjar et dans ma ville. Ils ont tué les hommes et emmené les femmes et les enfants.

Animateur : Ils ont donc tué les hommes puis enlevé les femmes et les enfants.

Lamya Bashar : Oui. Ils m’ont emmenée et je suis restée avec eux pendant un an et huit mois. Au début, ils m’ont emmenée à Mossoul. Il y avait une grande salle avec des milliers de filles comme moi, certaines étaient plus jeunes que moi et d’autres étaient plus âgées. Toutes étaient des Yézidies. […] Ils violaient les Yézidies parce qu’ils les considéraient comme des infidèles. Ils ont dit : « Nous sommes autorisés à tuer les hommes yézidis et à prendre les femmes comme filles esclaves. » […]

Animateur : Comment les filles et les femmes étaient-elles réparties parmi les hommes [de l’Etat islamique]?

Lamya Bashar : Ils ont emmené quelques-unes d’entre elles à Tal Afar, où ils les ont rassemblées dans une salle. Les hommes de l’EI sont venus et ils vendaient ces femmes à ces hommes. Chaque homme choisissait une fille et la prenait.

Animateur : Chaque émir et chaque homme [de l’EI] choisissaient donc une fille ou plus ?

Lamya Bashar : Oui. Certains ont pris deux, trois, quatre ou cinq femmes. […] Ma famille – mon père, mes deux frères, mes oncles et cousins – est restée en ville et a été tuée là-bas. […] J’ignore toujours ce qui est arrivé à ma mère. J’ai entendu parler d’elle pour la dernière fois il y a quatre ans et demi. J’ai aussi une sœur disparue en Syrie avec ses trois enfants.

Animateur : Votre sœur et ses trois enfants ont été emmenés en Syrie.

Lamya Bashar : Ils ont pris ma sœur comme fille esclave et lui ont enlevé ses enfants.

Animateur : Ils lui ont enlevé ses enfants.

Lamya Bashar : Oui.

Animateur : Où placent-ils les enfants ?

Lamya Bashar : Ils emmenaient les garçons dans des centres d’entraînement, où ils leur enseignaient [le maniement] des armes et la religion, pour qu’ils deviennent des membres de l’Etat islamique.

Animateur : Les garçons sont conduits dans des centres d’entraînement.

Lamya Bashar : Oui.

Animateur : Et qu’arrivait-il aux petites filles?

Lamya Bashar : Ils prenaient des fillettes de 9 ans comme filles esclaves et les violaient. […] Un émir saoudien est venu et nous a prises, ma sœur et moi. […]

Animateur : Que vous est-il arrivé là-bas ?

Lamya Bashar : Nous sommes restées quelque part à Alep pendant deux jours. Il nous a violées, moi et ma sœur ensemble.

Animateur : C’était la première fois que vous subissiez un viol ?

Lamya Bashar : Oui.

Animateur : Votre sœur est-elle plus âgée que vous ?

Lamya Bashar : Oui, elle a 25 ans.

Animateur : Et quel âge aviez-vous alors, Lamya ?

Lamya Bashar : J’avais 15 ans.

Animateur : Vous avez été violées ensemble…

Lamya Bashar : Oui, il nous a violées et battues. Puis il nous a ramenées dans le hall et a dit qu’il voulait prendre une autre fille. […] Le viol était très difficile. Après la première fois, j’ai voulu me suicider pour qu’ils ne me violent plus, parce que c’était très difficile. Mais je n’ai pas eu l’occasion. Il me battait. Ils attachaient les filles et les violaient. […]

J’ai ensuite été ramenée dans la salle mais je n’y suis pas restée. Le soir, l’émir de Deir ez-Zor est venu et m’a emmenée en Syrie. Il m’a achetée moi seulement, sans ma sœur. […]

Animateur : Comment la transaction s’est-elle déroulée ?

Lamya Bashar : Au début, les filles esclaves étaient offertes en cadeau. Chaque émir prenait une, deux ou trois filles en cadeau. Ils les vendaient ensuite à d’autres membres [de l’EI].

Animateur : Étiez-vous présente lors de la transaction ? Était-ce comme un marché ?

Lamya Bashar : Il y avait un marché au tribunal de la charia à Mossoul. Ils accrochaient des photos des filles au tribunal de la charia à Mossoul et écrivaient leurs noms et leurs prix. Chacun entrait, regardait les photos et prenait celles qui lui plaisait. […]

Animateur : Vous avez été retenue prisonnière de l’Etat islamique pendant un an et huit mois…

Lamya Bashar : Oui.

Animateur : Pendant ce temps, vous étiez constamment violée…

Lamya Bashar : J’ai été violée, achetée et vendue et torturée. […] Je suis restée à Mossoul avec l’émir chargé des voitures piégées et des engins explosifs. […]

Il m’a emmenée au magasin où ils trafiquaient les voitures et fabriquaient des ceintures explosives. Il m’a forcé à travailler avec les membres de l’EI, en fabriquant des engins explosifs, des ceintures explosives et des voitures piégées. […]

Mes deux amies et moi-même nous sommes enfuies de Hawijai, pour rejoindre la zone de sécurité de Kirkuk. Nous sommes parties à sept heures du soir et avons marché jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Mon amie a marché sur un engin explosif qui a explosé. […] J’ai perdu mes deux yeux et je ne voyais rien. Mon visage était brûlé et j’ai crié à l’aide. […] Avec la douleur dans mes yeux et mon visage, tout ce que je voulais, c’était mourir et trouver du repos.

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