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Sadegh Kharrazi, ancien ambassadeur d’Iran en France, a déclaré dans une interview diffusée le 14 décembre 2019 sur la chaîne de télévision Ofogh (Iran) que le JCPOA n’en serait pas là où il en est aujourd’hui si Hillary Clinton ou Joe Biden avait été président(e) des États-Unis, plutôt que Donald Trump.

Il a critiqué les présidents iraniens qui sont allés trop loin dans leurs discours, citant Mahmoud Ahmadinejad qui avait menacé de rayer Israël de la carte, incitant ainsi le Conseil de sécurité de l’ONU à se référer au chapitre 7 de la Charte des Nations unies contre l’Iran. Selon lui, les présidents iraniens ne devraient pas s’exprimer dans les mêmes termes que l’Imam Khomeiny ou le Guide suprême Ali Khamenei, qui sont davantage des chefs religieux, spirituels et révolutionnaires que des dirigeants politiques. 

Kharrazi a ajouté que le Guide suprême Khamenei avait autorisé chaque étape des négociations du JCPOA et que l’Iran n’aurait pas pu obtenir de meilleur accord, compte tenu des circonstances politiques de l’époque. Extraits :

Sadegh Kharrazi : Si M. Trump et un gouvernement républicain n’étaient pas montés au pouvoir, ou si Mme Hillary Clinton ou un individu tel le vice-président Joe Biden était devenu président, le JCPOA en serait-il là où il en est aujourd’hui ? Non. Le JCPOA est arrivé à un moment où les Américains en avaient besoin, à un moment où ils voyaient le Moyen-Orient différemment. […] Depuis la Révolution [de 1979] et avant le gouvernement d’Ahmadinejad, nous n’avions jamais fait face à des sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations unies. A l’époque d’Ahmadinejad, nous étions soumis au chapitre 7 de la Charte des Nations unies.

Différents termes ont été introduits dans le discours de la politique étrangère iranienne. Ces termes et ce discours nous ont valu de nous retrouver visés par le chapitre 7 de la Charte des Nations unies. Alors, de nombreux pays nous ont conseillé sur ce qu’il fallait faire ou non. Tout d’un coup, nous avons commencé à parler de rayer un certain pays, de rayer Israël de la carte géographique.

Journaliste : Pourquoi ne vous plaignez-vous pas de l’Imam Khomeiny ? Si ce que vous dites est vrai… La première personne qui a dit qu’Israël devait être anéanti fut l’Imam [Khomeiny]. Pourquoi politisez-vous cela à ce point ?

Sadegh Kharrazi : Je vais vous dire…

Journaliste : Voici une citation textuelle de l’Imam Khomeiny : « Nous prévoyons d’assécher les racines du sionisme, du communisme et du libéralisme. »

Sadegh Kharrazi : Concernant l’Imam, laissez-moi vous raconter une histoire. Lorsque feu [Mohammed Ali] Rajaï est devenu Premier ministre, [le président français] François Mitterrand lui a envoyé ses félicitations. Rajaï a publié un communiqué dans lequel il a réprimandé Mitterrand, affirmant que les gens font ceci et cela… En bref, il a totalement éconduit M. Mitterrand. Le lendemain, l’Imam a convoqué Rajaï. Je tiens ces propos en direct à la télévision et au grand jour. Le Guide [Khamenei] me l’a dit alors que je devais me rendre en France. L’Imam Khomeiny a convoqué M. Rajaï et lui a dit : « Pourquoi avez-vous dit cela ? » Rajaï a dit : « Vous êtes Guide de la Révolution et vous tenez ces propos. Je ne fais que vous suivre. » L’Imam a dit : « Je ne suis qu’un étudiant en religion, tandis que vous êtes le chef d’Etat, et que vous avez un pays à diriger. Vous êtes à la tête d’un gouvernement que vous devez diriger. » Même si l’Imam [Khomeiny] ou le Guide [Khamenei] disent certaines choses en tant que chefs du monde islamique, et même s’ils empruntent au discours des dirigeants du monde islamique, dans le cadre du discours de la résistance, la personne à la tête du gouvernement ne doit pas nécessairement les imiter, parce qu’elle est responsable de fournir au peuple les moyens de subvenir à ses besoins.

Journaliste : Donc ce ne sont là que des slogans qui feraient mieux d’être tus ?

Sadegh Kharrazi : Allez demander à l’Imam. Allez demander au Guide qui m’a raconté cette histoire.

Journaliste : Pour moi ce n’est pas une question. Vous savez pourquoi ? Parce que, vu que ces choses sont vraies également en ce qui concerne l’Holocauste… Même si le Guide vous l’a dit en privé, il a dit maintes fois en public qu’en discuter est la bonne politique.

Sadegh Kharrazi : Le Guide dit ce qu’il doit dire, car [les ennemis] disent de mauvaises choses, et le Guide amplifie le pouvoir et l’impact de la résistance dans le monde islamique. Il renforce la position de la République islamique, grâce à la dissuasion qui découle de ses paroles.

Journaliste : Nous pouvons donc conclure de vos déclarations qu’il n’y a pas de problème… Ils disent une chose et nous faisons autre chose.

Sadegh Kharrazi : Non. C’est vous qui tirez cette conclusion. Allez interroger les experts internationaux et politiques. En 2016, je n’étais plus en poste, mais j’ai écrit aux dirigeants de notre pays que le leadership d’ [Ahmadinejad] allait inciter le Conseil de sécurité des Nations unies à nous asséner une résolution en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations unies. […]

Le ministre des Affaires étrangères et le président devraient avoir de la latitude. Ils ne devraient pas tout dire d’un seul coup et réduire à néant [cette latitude]. Aujourd’hui, M. Rohani est déçu et contrarié que les Européens et les Occidentaux se soient joués de lui. Les plus grands coups portés à l’entreprise de M. Rohani furent les crises et les problèmes créés par ces gouvernements lâches. […]

Le Guide a autorisé chaque menue étape dans les négociations du JCPOA.

Journaliste : Mais le Guide a affirmé que ses lignes rouges ont été franchies.

Sadegh Kharrazi : Laissez-moi [expliquer]…

Journaliste : Vos propos sont singuliers.

Sadegh Kharrazi : Permettez-moi. Le Guide lui-même a maintes fois dit… Ne lisez pas ce qui ne fonctionne pas pour vous, ou ignorez-le, et ne mentionnez que ce qui fonctionne pour vous.

Journaliste : Pour moi, les paroles du Guide constituent la référence absolue, que cela vous plaise ou non.

Sadegh Kharrazi : L’essence de mes paroles est constitués des propos du Guide.

Journaliste : Nous sommes donc d’accord.

Sadegh Kharrazi : Le Guide a soutenu [le JCPOA] et affirmé que [les membres de la délégation] étaient des soldats pieux, courageux et forts, qui sont entrés dans la mêlée. […]

La conjoncture politique d’alors ne nous permettait pas d’obtenir de meilleur accord que le JCPOA.

Journaliste : Souhaiteriez-vous conclure un accord commercial privé similaire au JCPOA ? A des conditions inégales ?

Sadegh Kharrazi : Si à un moment donné je n’ai pas le choix, si par exemple je dois vendre ma maison de 500 000 tomans pour la somme 50 000 tomans afin de résoudre mon problème, je serai bien obligé de le faire.