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L’ancien ministre égyptien de la Culture, Gaber Asfour, a déclaré dans une interview diffusée sur la chaîne de télévision Ten (Égypte), le 2 mai 2019, que la culture égyptienne était en « état de crise » et se dirigeait vers la « catastrophe culturelle » la plus grave et la plus dangereuse de son histoire. Il a estimé que cela était peut-être dû au changement radical survenu dans les années 1970, lorsque selon lui la culture égyptienne est passée du libéralisme et de l’ouverture à une culture fermée, sous l’influence de la religion.

Asfour a souligné que la constitution égyptienne faisait de la charia la principale source de législation et qu’elle protègeait les intérêts de l’université Al-Azhar. Il a estimé que l’éducation, la culture et le renouveau du discours religieux – qui devaient selon lui passer par « un dialogue long et approfondi » avec des intellectuels laïcs – comptaient pour la sécurité nationale. Il a observé que l’Egypte était en proie à une explosion démographique en raison d’un hadith encouragent le mariage et les naissances. Extraits :

Journaliste : La culture en Egypte est-elle en crise ces jours-ci ?

Gaber Asfour : Oui, au plus haut point.

Journaliste : Pourquoi ?

Gaber Asfour : Nous traversons une catastrophe culturelle. […] Je pense que la culture égyptienne n’a jamais connu de pire crise. […] Peut-être récoltons-nous aujourd’hui les fruits amers des années 1970.

Journaliste : Qui sont… ?

Gaber Asfour : Qui sont le résultat du passage radical d’une culture libérale et ouverte à une culture repliée sur elle-même et influencée par la religion. Vous faites suivre à une culture ouverte un processus de religionisation et la transformez en une culture repliée sur elle-même.

Journaliste : Quelles en sont les manifestations ?

Gaber Asfour : Prenez la constitution, par exemple. Pour la toute première fois, nous avons une constitution composée de deux articles stipulant clairement que nous ne sommes pas un État civil. Le président dit que nous sommes un État civil, démocratique et moderne. C’est ce que nous entendons de sa part et ce en quoi nous croyons. C’est pourquoi nous l’avons soutenu et élu président. Mais ce n’est pas vrai : vous avez un article dans la constitution qui dit que la charia est la principale source de la législation. Et l’article 6 (sic) protège [l’université] Al-Azhar et en fait une autorité religieuse formelle. […]

Je suis convaincu que nous vivons la période la plus dangereuse de l’histoire de l’Égypte. Dans les domaines politique et économique, nous avons un président qui fonce, et tout le pays qui lui court derrière sans pouvoir le rattraper. Mais dans le même temps, vous avez des gens qui vous tirent en arrière. […]

Je crois que l’éducation, la culture et le renouveau du discours religieux sont des questions de sécurité nationale. […]

Journaliste : Certains pourraient vous demander pourquoi vous critiquez autant Al-Azhar quand elle représente un aspect de la « force douce » de l’Égypte. Il suffit de voir comment le cheikh d’Al-Azhar est accueilli dans tous les pays islamiques où il se rend.

Gaber Asfour : D’accord, voyons les choses de cette façon. Quel est notre objectif économique et industriel en Égypte aujourd’hui ? N’est-il pas de parvenir au développement humain ? Comment pouvez-vous y parvenir si vous ne pouvez maîtriser la croissance démographique ? Nous avons un problème d’explosion démographique. Nous croissons à un rythme effrayant. […] Pourquoi donc ? Parce qu’un hadith dit : « Mariez-vous et engendrez des enfants car Je serai fier de vous devant les nations au Jour de la résurrection. »

Journaliste : Certains cheikhs ont réfuté ce hadith en disant qu’il ne signifiait pas [ce que nous pensons].

Gaber Asfour : C’est bien ce qu’il signifie, mais il a été énoncé à une époque où les musulmans étaient en minorité. Aujourd’hui, il y a des milliards de musulmans. […]

Journaliste : Le monde se développe.

Gaber Asfour : Bien sûr.

Journaliste : Pourquoi Al-Azhar ne s’adapte-t-elle pas à ces évolutions ?

Gaber Asfour : Demandez-leur.

Journaliste : Qu’en pensez-vous ?

Gaber Asfour : La raison est assez simple. Je pense qu’Al-Azhar a besoin d’une révolution interne et d’un dialogue long et approfondi avec les intellectuels laïcs. Tant que cela ne se produira pas, il ne pourra y avoir de changement.

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