Diario Judío México - Le 25 juin 2019, Ahmed Al-Raissouni, président de l’Union internationale des savants musulmans (UISM), a republié sur le site Internet de l’organisation un article qu’il avait écrit en 2003 au sujet de l’antisémitisme. Dans cet article, il affirme que les accusations d’antisémitisme sont devenues une arme mortelle en Occident, utilisée pour étouffer la liberté de pensée, d’expression et de recherche. Cette arme, explique-t-il, est utilisée contre les personnalités qui critiquent Israël ou diverses « positions occidentales et juives », ce qui les conduit à être calomniées et parfois même poursuivies ou licenciées de leurs postes.

A titre d’exemple, il mentionne le Premier ministre malaisien Mahathir bin Mohamad, qui a fait l’objet d’une « campagne vicieuse », fondée sur « l’accusation routinière » d’antisémitisme. Ceci fait apparemment référence aux vives critiques rencontrées par bin Mohamad en 2003, après ses déclarations, lors du sommet du 16 octobre de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), selon lesquelles « les Juifs gouvernent ce monde par procuration » et qu’ils « amènent les autres à se battre et à mourir pour eux », ajoutant que « 1,3 milliard de musulmans ne peuvent être vaincus par quelques millions de Juifs », mais doivent trouver le moyen « d’élaborer une stratégie puis de contre-attaquer ». [1]

Al-Raissouni mentionne également le philosophe français Roger Garaudy, qui a été poursuivi en 1998 pour négationnisme, en vertu du droit français, pour avoir contesté la véracité de l’Holocauste dans son livre de 1996, Les mythes fondateurs de la politique israélienne.

L’article poursuit en disant que, malgré les droits excessifs, le statut et la sympathie dont bénéficient les Juifs en conséquence des actes des nazis, le mouvement sioniste continue de proférer des accusations d’antisémitisme à la moindre opportunité. Ceci, malgré le fait que le véritable antisémitisme aujourd’hui n’est pas dirigé contre les Juifs, mais plutôt contre l’islam et les musulmans, qui sont confrontés à des campagnes de haine et nécessitent une protection.

Il convient d’observer que l’UISM est soutenue non seulement par le Qatar, mais aussi par la Turquie. Dans une interview avec Al-Raissouni sur Al-Jazira le 18 novembre 2018, peu de temps après avoir remplacé Al-Qaradawi à la tête de l’IUMS, il a révélé que le Qatar avait soutenu l’organisation depuis sa création, et que la Turquie le finançait aussi, et déclaré : « Il n’y a rien de mal à cela et nous ne nous en cachons pas. Au contraire, nous en sommes fiers et nous appelons tous les pays à suivre les traces de ces deux [pays]. » [2] Extraits : [3]

Le Premier ministre malaisien, Mahathir bin Mohamad, a fait l’objet d’une campagne vicieuse de la part de plusieurs politiciens et journalistes israéliens et occidentaux, [simplement] pour avoir critiqué la politique israélienne agressive contre le peuple palestinien et les pays arabes, et certaines positions occidentales et juives envers l’islam et les musulmans. [4] L’accusation habituelle contre le politicien malais, qui était le fondement de la campagne [à son encontre], était la fameuse accusation d’ « antisémitisme ». L’intellectuel suisse musulman Tariq Ramadan a fait l’objet d’une campagne hostile similaire, à laquelle se sont joints il y a plusieurs jours certains intellectuels et écrivains français, qui ont proféré à son encontre l’accusation ancienne et nouvelle d’antisémitisme, pour les avoir critiqués et avoir critiqué leurs idées empruntes d’étroitesse d’esprit, de communautarisme et de racisme. [5]

En Occident, et en particulier en France, l’accusation d’antisémitisme est devenue une arme fatale contre la liberté d’expression et de pensée, et même contre la liberté de la recherche scientifique et historique. C’est une tache sur le modernisme, la liberté, le rationalisme et la démocratie, car [voyez] combien d’érudits religieux, d’intellectuels et de chercheurs ont vu leurs travaux interdits et leurs idées réprimées. Certains ont même été poursuivis, comme le philosophe français musulman Roger Garaudy, et d’autres ont été licenciés de leurs postes à l’université, et la liste des victimes ne cesse de s’allonger.

L’an passé, plusieurs intellectuels marocains ont tenté de faire adopter une loi au Maroc contre ce qu’ils ont appelé l’antisémitisme. C’est comme s’ils ne pouvaient pas supporter l’idée qu’en France il existe une chose – même une chose déshonorante – qu’ils n’ont pas au Maroc…

Nous savons que les Juifs du monde entier ont acquis un statut, une influence et un privilège inégalés, non seulement en Occident mais aussi dans tous les pays arabes et musulmans. Ils jouissent parfois de privilèges, de protection et d’une sécurité qu’aucun autre secteur ou communauté de la société ne possèdent, y compris les [secteurs] qui constituent la grande majorité…

Au vu du statut élevé et confortable dont bénéficient [les Juifs] dans le monde, on aurait pu s’attendre à voir disparaître la notion d’antisémitisme. Cette notion est apparue en réaction au nazisme, au fascisme et aux autres courants racistes européens, depuis [lors] remplacés par la [tendance à] glorifier les Juifs et à leur accorder des privilèges et des indemnisations financières et morales. Mais le mouvement sioniste persiste à faire des efforts inutiles pour maintenir les Juifs et les autres sous pression, et pour servir ses projets, et il continue de brandir l’épée de l’antisémitisme dans le monde entier.

La vérité est que le véritable antisémitisme aujourd’hui est celui dirigé contre les Arabes et les musulmans, et contre quiconque présente des caractéristiques arabes, orientales ou moyen-orientales. Aujourd’hui, de telles caractéristiques sont une raison suffisante pour se comporter envers ces personnes avec hostilité, les maltraiter, les arrêter, les provoquer et les expulser. L’antisémitisme actuel prend la forme de l’expulsion d’étudiantes, d’enseignantes, de fonctionnaires et même de parlementaires, pour la seule raison qu’elles couvrent leurs cheveux [d’un hijab]. L’antisémitisme actuel [prend la forme de] haine envers la foi sémitique, à savoir la religion de l’islam… N’existe-t-il pas une vague de haine et d’hostilité considérable contre la religion sémitique et contre tout ce qui lui est associé ? S’il reste la moindre place dans le monde pour les valeurs de tolérance, pour la lutte contre l’oppression et le racisme et pour la criminalisation de l’antisémitisme, elles doivent être utilisées pour protéger l’islam et les musulmans, devenus les victimes de la haine, d’accusations et de persécution [visant] leur religion, leur code vestimentaire, leurs intentions, leurs idées et tous leurs autres droits. L’antisémitisme existe aujourd’hui uniquement contre l’islam et les musulmans. C’est une haine contre la nation et la foi sémitiques.

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Outlookindia.com, 18 octobre 2003.

[2] Aljazeera.net, 18 novembre 2018.

[3] Iumsonline.org, 25 juin 2019. L’article a été originellement mis en ligne sur le site web d’Al-Raissouni (raissouni.net) le 24 octobre 2003.

[4] Le discours du Premier ministre malais Mahathir bin Mohamad ne se limite pas aux remarques susmentionnées, lors de la conférence de l’OCI. Dans un livre paru en 1970, il a écrit que « les Juifs ne sont pas simplement un nez crochu, mais comprennent instinctivement l’argent ». Il avait fait une déclaration similaire dans une interview à la BBC en 2018, dans laquelle il a contesté le nombre de victimes juives de l’Holocauste (theguardian.com 2 octobre 2018). Dans des posts sur son blog en 2012, il a réitéré l’affirmation selon laquelle les Juifs contrôlent le monde, et a accusé Israël de faire preuve de « cruauté nazie », non seulement envers ses ennemis, mais aussi envers tout allié qui critique son attitude envers les Palestiniens (thejc.com, 19 janvier 2017).

[5] En 1999, Ramadan a été largement critiqué pour avoir écrit un article attaquant plusieurs « intellectuels juifs français » – parmi lesquels Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut, Bernard Kouchner, André Glucksmann et Pierre-André Taguieff (qui n’est en fait pas juif) – au motif que leur identité tribale de Juifs les aurait poussés à devenir des défenseurs viscéraux d’Israël, et les aurait incités à « relativiser la défense des principes universels d’égalité et de justice » (nytimes.com, 4 février 2007).