L’assassinat du ressortissant italien Giulio Regeni, étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge qui effectuait un travail de terrain en Egypte, a déclenché une crise majeure entre l’Egypte et l’Union européenne. Regeni avait disparu dans des circonstances mystérieuses, le 25 janvier 2016. Le 3 février, son corps – qui portait des signes de torture – a été retrouvé jeté sur la route du désert menant à Alexandrie. Les autorités égyptiennes se sont déclarées prêtes à résoudre le mystère, et le président Abdel Fatah Al-Sissi en personne, dans sa première déclaration publique à ce sujet, a déclaré à un quotidien italien que l’Egypte retrouverait et punirait les assassins.

En Europe, toutefois, on redoute fortement que Regeni ait été torturé et tué par les services de sécurité égyptiens, peut-être en raison de ses recherches sur les syndicats de travailleurs égyptiens, qui l’avaient mis en contact avec des militants politiques. Le 10 mars 2016, le Parlement européen a émis une déclaration condamnant la torture et l’assassinat de Regeni, appelant l’Egypte à coopérer à l’enquête, et appelant à suspendre l’aide étrangère dont le pays bénéficie. Cette déclaration a donné lieu à un éditorial mécontent dans le quotidien officiel Al-Ahram, qui la qualifie d’ « agression brutale contre la politique égyptienne », et rappelle que l’Egypte n’est pas une colonie européenne. Il estime en outre que des acteurs étrangers adoptent une politique terroriste cherchant à détruire l’Egypte sous couvert de défense des droits de l’Homme.

Si de nombreux journalistes se sont alignés sur cette position, un nombre croissant d’éditorialistes commencent à douter de la version officielle, depuis notamment la déclaration du ministère de l’Intérieur égyptien en date du 25 mars, assurant que l’affaire avait été éclaircie. Selon le ministère, les meurtriers étaient des criminels du gouvernorat de Qalyubia, spécialisés dans le vol à main armé d’étrangers en se faisant passer pour la police. Le ministère a ajouté que tous les membres du gang avaient été tués dans des échanges de tirs avec les forces de sécurité au Caire.

Cette déclaration a suscité l’incrédulité générale, et même quelques moqueries, tant en Egypte qu’à l’étranger. Le malaise croissant face au récit officiel égyptien trouve une expression parlante sous la plume d’Osama Ghazali Harb, dans une chronique parue le 27 mars dans le quotidien officiel Al-Ahram. Harb, personnalité publique libérale réputée, était jusqu’à peu président du conseil d’administration du Parti des Egyptiens libres, le plus grand parti du parlement actuel. Il écrit avoir d’abord cru le ministère innocent, mais qu’il le soupçonne désormais d’être impliqué dans cet assassinat. Il appelle le ministre de l’Intérieur à démissionner sans tarder « afin de sauver la réputation de l’Egypte et de son régime politique ».

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