Diario Judío México - Dans une interview donnée le 26 mars 2019 au site Internet américain Al-Monitor, Lolwah Al-Khater, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a rejeté les accusations selon lesquelles le régime soutiendrait les Frères musulmans (FM) et le Hamas. Elle a déclaré que les contacts entre le Qatar et le Hamas n’avaient débuté que lorsque l’administration de l’ancien président des Etats-Unis George W. Bush avait demandé au Qatar de servir de médiateur entre le Hamas et l’Autorité palestinienne. Elle a ajouté que l’administration américaine actuelle ne s’opposait pas non plus à ces relations, et qu’elle approuvait même le rôle du Qatar dans l’aide à Gaza. Quant aux FM, Al-Khater a affirmé que « les Etats-Unis ne considèrent pas les FM comme une organisation terroriste, [et] l’Union européenne non plus. Et c’est la position du Qatar, comme celle de tous les pays arabes, à l’exception de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de l’Egypte. » Elle a précisé que malgré tout, « il existe une grande différence entre ne pas considérer [les FM] comme une organisation terroriste et les soutenir… Nous ne soutenons absolument pas les FM. Nous ne nous opposons pas à eux, mais nous ne les soutenons pas. » [1]

En réponse aux déclarations d’Al-Khater dans cette interview, le journaliste saoudien Abdallah bin Bjad Al-Otaibi a écrit dans le quotidien des EAU, Al-Ittihad, que ses arguments n’ont aucun rapport avec la réalité. Les liens entre le Qatar et les organisations politiques islamiques comme les FM, a-t-il écrit, et avec des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda, l’Etat islamique et Jabhat Al-Nursa, sont étroits et anciens, et à de nombreuses occasions, le Qatar a même versé à ces organisations des millions de dollars. Al-Otaibi a également mentionné le soutien du Qatar aux révolutions du Printemps arabe, par l’apport de fonds, d’armes et de personnel militaire aux organisations politiques islamiques. Et de conclure que tant que le Qatar maintiendra ces liens et s’abstiendra de réévaluer sa politique, il restera faible et isolé. Extraits : [2] 

Au cours des 20 années qui ont suivi le coup d’Etat mené par [l’ancien émir du Qatar], Hamad bin Khalifa, contre son père [Khalifa bin Hamad Aal Al-Thani] au milieu des années 1990,[3] le Qatar a acquis de nombreuses épithètes appropriées, comme le « Qatar des complots », le « Qatar traître » et le « Qatar contradictoire », et après le boycott [qui lui a été imposé en juin 2017] par quatre pays arabes [l’Egypte, l’Arabie saoudite, les EAU et Bahreïn], le « Qatar de l’obstination stratégique », le « Qatar Etat sanctuaire » et de nombreuses autres [épithètes].[4]

[Au cours de sa visite à] Washington, la porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Lolwah Al-Khater a fait une déclaration contraire à toutes les politiques du Qatar, à son inclinaison stratégique envers les FM et toutes les [autres] organisations politiques islamiques et leurs milices terroristes, et au soutien qu’il apporte à différentes organisations et courants [de ce genre] aux niveaux politique, économique, médiatique et culturel et à tout autre niveau imaginable. Décrivant la position du Qatar à l’égard des FM, elle a déclaré : « Nous ne nous opposons pas à eux et ne les soutenons pas », et a justifié cela par des arguments obsolètes dont la [fausseté] honteuse a été exposée il y a des années, car les liens du Qatar avec ces organisations sont clairs comme le jour. En fait, le Qatar a été bien au-delà, et a soutenu Al-Qaïda, l’EI et les milices terroristes de l’Iran de diverses manières. Il les a tout particulièrement [soutenues] financièrement, [en leur donnant des] milliards de dollars lors de différents incidents établis et prouvés, principalement en [versant] une rançon – que ce soit à Jabhat Al-Nusra en Syrie lors de l’incident des religieuses de Maaloula,[5] ou aux milices chiites en Irak, lors de l’incident bien connu des chasseurs.[6]

Les déclarations [d’Al-Khater] pourraient être un ballon d’essai du [Qatar] qui cède aux demandes des pays auteurs du boycott, et renoncerait aux FM et à toutes les organisations terroristes, à moins qu’il s’agisse d’une simple déclaration destinée à jeter de la poudre aux yeux de [tout le monde] – en particulier du fait qu’elle s’exprimait à Washington, capitale des décisionnaires américains, où le président Trump adopte une politique ferme envers l’Iran et ses alliés dans la région. Il projette également de réévaluer son traitement des FM, au vu de la nouvelle tendance qui se dessine dans plusieurs pays européens, afin d’examiner en profondeur cette organisation et le rôle qu’elle joue dans ces pays.

Les liens du Qatar avec les organisations politiques islamiques sont inextricables. Ils remontent à la fin des années 1950 et au début des années 1990 [sic, probablement début des années 1960], lorsque les membres [égyptiens éminents des] FM Youssouf Al-Qaradawi et Abd Al-Badi Al-Saqer sont arrivés [au Qatar], et ont acquis une importance et un impact considérables après le coup d’Etat [au Qatar], à la suite duquel les dirigeants qataris sont devenus hostiles envers tous leurs frères [dans les pays arabes] et [qu’ils ont commencé] à semer le chaos en leur sein, en soutenant le fondamentalisme et le terrorisme.

Ces liens ont atteint leur apogée durant le prétendu Printemps arabe, qui fut manifestement le printemps du fondamentalisme et du terrorisme. Le Qatar l’a soutenu par tous les moyens à sa disposition, dans le cadre de son alliance inébranlable avec les organisations terroristes constituées il y a plus de 15 ans. L’aide du Qatar a été apportée en particulier à ces groupes [terroristes] dangereux et organisés en Tunisie, Egypte, Libye, Syrie, au Yémen et dans d’autres pays où il était possible d’approvisionner ces groupes, non seulement en argent, mais aussi en armes de toutes sortes. [Cela a été fait] avec l’implication directe d’officiers et de militaires qataris, qui dirigeaient certaines de ces opérations diverses, [car ils] planifiaient de détruire les peuples arabes, et ils y sont parvenus dans plusieurs pays, où les terroristes du Qatar continuent de semer la ruine et la destruction.

Après le boycott imposé par les quatre pays arabes… contre Doha, ce dernier a été contraint, en raison de la surveillance étroite de se sanctions, de freiner son élan de [soutien] à ces organisations, car il a échoué dans la plupart des pays [où elles opéraient] : la Tunisie s’est rétablie après une période difficile, l’Egypte a récupéré [grâce à la] force de son peuple et de son armée, le Yémen et son peuple reviendront et se vengeront, car la guerre s’y poursuit et les alliés du Qatar la perdent… et la Libye est [également] sur le point de se libérer des terroristes soutenus par le Qatar.

En résumé, le décisionnaire au Qatar est en crise, car ses cartes, ses échecs et ses plans ont été révélés au grand jour. Aussi longtemps que le Qatar s’abstiendra de mener une réévaluation sincère de [ses politiques] et de réaliser une sorte de coup d’Etat, il restera faible et isolé.

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Al-monitor.com, 26 mars 2019.

[2] Al-Ittihad (UAE), 31 mars 2019.

[3] Sheikh Hamad Bin Khalifa, père de l’émir actuel, a renversé son propre père dans un coup d’Etat sanglant en 1995.

[4] Sur la crise entre le Qatar et les pays du Golfe, voir MEMRI en français, Tollé dans les pays du Golfe suite aux déclarations attribuées à l’émir du Qatar louant l’Iran, le Hezbollah, les Frères musulmans et le Hamas, 28 mai 2017.

[5] Référence à un groupe de religieuses grecques orthodoxes d’un monastère de Maaloula, au nord de Damas, qui ont été enlevées en décembre 2013 par Jabhat Al-Nusra et relâchées trois mois plus tard. Selon certaines informations, le Qatar, qui a servi de médiateur dans leur libération, aurait versé à l’organisation 16 millions de dollars. Voir Raialyoum.com, 10 mars 2014 ; aljazeera.net, Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 11 mars 2014.

[6] Référence à un incident durant lequel le Qatar aurait versé un milliard de dollars de rançon pour la libération de 28 membres de la famille gouvernante, enlevés par des groupes terroristes en Irak en 2015, alors qu’ils chassaient. Voir bbc.com/Arabic, 17 juillet 2018, mobtada.com, 30 mars 2019.