Pour cet élève de 11 ans, la rentrée scolaire a été cauchemardesque. Le 7 septembre, il marche dans la cour de récréation du collège Olympes-de-Gouges, à Champcueil (Essonne), avec deux camarades. Deux élèves plus grands qu’eux, âgés de 14 ans, vont à leur rencontre. « Ils ont demandé à chacun : Tu es juif ? », confie une source judiciaire.

Si les deux premiers répondent non, le dernier acquiesce. Il subit alors une bordée d’injures antisémites et des violences physiques. « L’un des deux agresseurs lui a dit : sale juif, on va te gazer en mettant sa main sur sa bouche », poursuit une source proche du dossier. Il a pris la victime par le cou, l’a plaquée contre son aisselle et lui a demandé de se soumettre. » Les deux adolescents enchaînent les saluts nazis.

La victime sera harcelée durant neuf jours par les deux mis en cause, jusqu’au 16 septembre. En découvrant les faits, les parents du garçon déposent plainte le 18 septembre à la gendarmerie de Ballancourt-sur-Essonne pour « violences à caractère antisémite », ce qui déclenche l’ouverture d’une enquête.

« Accro aux jeux vidéo de guerre » et au fait du salut nazi

Les deux adolescents ont été entendus sur les faits. L’un a avoué qu’il ne savait même pas ce que signifiait le geste du salut nazi, mais qu’il l’avait vu en photo dans un livre d’histoire, précise une source proche de l’enquête. Le second, plus virulent, a admis qu’il connaissait le nazisme et ses codes.

Il aurait depuis rédigé une lettre d’excuses à l’attention de l’élève de 11 ans. L’expert psychologique qui a examiné la jeune victime l’a jugé bouleversée par cette agression, au fort retentissement « psychologique, voire psychosomatique ». Contacté au sujet de cette agression, le rectorat n’a pas répondu à nos sollicitations.

Dans ce coin rural et plutôt tranquille de l’Essonne, l’affaire interpelle. Selon une source proche du dossier, l’enquête n’a pas mis en évidence des milieux familiaux problématiques, avec des parents ou des proches à tendance antisémite. Les deux adolescents, originaires de communes pas vraiment réputées pour leur délinquance, sont par ailleurs inconnus de la justice.

Leurs motivations n’ont pas été clairement établies. « L’un des deux, celui qui a frappé, est accro aux jeux vidéo de guerre, c’est peut-être là qu’il a appris ce qu’il a reproduit », suppose une source judiciaire.

Un stage de citoyenneté au Mémorial de la Shoah ?

Les auteurs seront jugés prochainement par le tribunal pour enfants d’Évry-Courcouronnes. Compte tenu de leur absence d’antécédents et de leur âge, et parce qu’ils ont reconnu les faits, ils pourraient écoper d’une composition pénale. Soit une alternative aux poursuites, qui les conduirait à indemniser la victime et à effectuer un stage de citoyenneté.

Ce stage de citoyenneté pourrait être réalisé au Mémorial de la Shoah, avec qui le parquet d’Évry-Courcouronnes vient de signer une convention. Elle s’adresse aux majeurs, mais aussi aux mineurs à partir de 13 ans. Sur un jour et demi, elle leur donne matière à réflexion sur le racisme, l’antisémitisme, l’étude des génocides et la haine en ligne.

Depuis 2019, le parquet d’Évry a mis en place une magistrate référente « racisme » pour accélérer les procédures. Faute de preuves, pour une partie des cas, les plaintes pour racisme et antisémitisme aboutissent difficilement. « Il ne faut pas hésiter à filmer avec son téléphone ou à prendre des témoins », avait souligné la procureure de la République de l’Essonne, Caroline Nisand.