Diario Judío México - briguera mardi 9 avril un cinquième mandat. Avec l’appui de l’extrême droite, il pourrait inscrire un record de longévité au pouvoir en Israël. Mais, estime Yossi Beilin, ancien ministre travailliste et artisan du processus de paix, la partie n’est pas gagnée.

Yossi Beilin est un ancien ministre israélien de la Justice. Membre du parti travailliste, il a travaillé avec Shimon Peres, alors Premier ministre de l’Etat hébreu, en 1993, au moment de la signature des accords d’Oslo, dont il a initié les négociations secrètes dès 1992.

Très attaché au processus de paix tout autant qu’au renforcement du lien entre Israël et sa diaspora, il a aussi soutenu des initiatives contribuant à garantir une égale représentation pour la minorité arabe israélienne dans l’administration, les entreprises publiques et autres institutions.

Après dix années de gouvernements Netanyahu, sous la domination du Likoud, il réagit aux tentations extrêmes du parti de droite et à la possible renaissance de la gauche.

Comment définiriez-vous le parti Bleu Blanc de Benny Gantz ? 

Par définition, c’est un parti “libéral”. Un peu à droite, un peu à gauche. Mais c’est un parti qui est anti-Netanyahu, et contre l’idéologie de la droite. Et cette formation politique est devenue la plus importante d’Israël en quelques semaines.

Il se peut que cela soit un phénomène ponctuel. On ne sait jamais si ces partis peuvent perdurer. Mais Bleu Blanc attire beaucoup de gens qui se considèrent comme de gauche. Ils pensent que ce parti a une chance de gagner, car il y a des nouveaux à sa direction. Et ses partisans croient que ces nouvelles têtes auront la possibilité de changer la donne.

a scellé une alliance avec Otzma Yehudit, un parti d’extrême droite. Diriez-vous qu’il est prêt à tout pour rester au pouvoir ?

Je pense que c’est le cas. Ce qu’il a fait est fou : prendre les gens de Kahane, qui sont racistes, presque ouvertement, et imposer à un autre parti de s’allier avec eux. Il leur a promis un siège pour les convaincre d’accueillir ces dingues fanatiques !

Ces gens étaient déjà dans le paysage. Mais jusqu’à maintenant, ils n’ont jamais été assez forts pour passer le seuil électoral. Mais en s’unissant à un autre parti de droite, ils vont pouvoir passer ce seuil.

C’est la nouveauté dans ces élections. Qu’on puisse avoir au Parlement des personnes racistes de manière presque officielle.

Ce n’est jamais arrivé auparavant, à part une fois pour Kahane, en 1984. Mais une loi a été votée qui l’a empêché de se représenter.

Il semblerait que la gauche soit aujourd’hui en déclin…

Dans ces élections, la gauche va voter pour Benny Gantz, pour Bleu Blanc. C’est une sorte de décision collective. Les gens disent : « On veut gagner. » Et s’il a une chance de gagner, même s’il ne parle pas des Palestiniens, car il a peut-être peur de ne pas être populaire, même s’il n’est pas très précis dans ses objectifs, c’est actuellement la personne qui obtient le soutien de la gauche. Mais la gauche est bien là !

Reste que, pour le parti Bleu Blanc, la seule option pour former une coalition est le Likoud. C’est un problème. D’un autre côté, il sera presque impossible pour Netanyahu d’obtenir une coalition sans les partis de centre-gauche, peut-être même le parti Bleu Blanc. Cela peut conduire à une impasse, car Bleu Blanc dit qu’il ne s’alliera pas avec Netanyahu en personne, parce qu’il est soupçonné de corruption. Si c’est le cas, les élections ne s’arrêteront pas le 9 avril.

Peut-être faudra-t-il attendre de nombreuses semaines pour voir quelle coalition est formée. Mais une chose est sûre, « King Bibi » n’est pas un roi ; c’est un suspect dans des affaires criminelles. Et il est lui-même dans une situation très délicate. Il est loin d’être assuré de sa victoire. Et ce fait est en soi très significatif. On peut s’attendre à une journée d’élection très intéressante.