Diario Judío México - Après l’annonce, le 14 juillet 2015 à Vienne, du Plan global d’action conjoint entre l’Iran et les 5 + 1, la presse saoudienne a publié de nombreux articles appelant ouvertement l’Arabie saoudite et les Etats du Golfe à profiter des dix années à venir – le temps de validité du Plan global d’action conjoint – pour développer leur propre programme nucléaire militaire, afin de contrer la menace nucléaire iranienne après l’expiration de l’accord.

Drapeau saoudien superposé à la photo du réacteur nucléaire (Source : Annabaa.org, 6 juillet 2015)
Drapeau saoudien superposé à la photo d’un réacteur nucléaire (Source : Annabaa.org, 6 juillet 2015)

Des appels, soutenus par des sources saoudiennes officielles, ont déjà été émis pour développer un programme nucléaire saoudien clandestin, parallèlement à celui de l’Iran. Par exemple, le mois précédant l’annonce du Plan global, l’ambassadeur d’Arabie saoudite au Royaume uni, l’émir Muhammad bin Nawaf bin Abd Al-Aziz Al-Soud, a déclaré au Daily Telegraph que si le prochain accord nucléaire avec l’Iran ne comprenait pas d’engagement sincère de la part de celui-ci à ne pas développer d’armes nucléaires, alors en ce qui concerne l’Arabie saoudite, « toutes les options sont sur la table ». Et d’ajouter que son pays n’avait cessé de s’opposer au développement d’armes nucléaires, mais que la politique iranienne avait « modifié l’ensemble des perspectives dans la région ». [1]

L’émir Turki Al-Faisal, ancien chef du renseignement saoudien et ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis, a fait des déclarations similaires :En avril 2014, lors d’une conférence de sécurité à Bahreïn, Al-Faisal a appelé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) à acquérir des connaissances nucléaires pour contrer le danger iranien. [2] L’année précédente, à la Conférence araboaméricaine annuelle des décideurs politiques de 2013, il avait averti que si l’Iran développait des armes nucléaires, le CCG envisagerait d’acquérir sa propre « force de dissuasion nucléaire ». [3]

Parallèlement à ces déclarations de responsables saoudiens, plusieurs articles ont paru dans les médias internationaux sur les intentions saoudiennes d’établir un programme nucléaire militaire, [4] ou d’acquérir des armes nucléaires, sous-entendu auprès du Pakistan. [5]

En outre, l’Arabie saoudite a récemment pris des mesures concrètes pour développer un programme nucléaire civil. Ces derniers mois, elle a signé des accords nucléaires avec la France, [6] la Russie, [7] et la Corée du Sud, [8] pour la création de réacteurs nucléaires civils dans le Royaume. [9]

Voici des extraits d’articles de la presse saoudienne appelant au développement d’un programme nucléaire saoudien :

Pas d’alternative à la course aux armes nucléaires

Dr Hashem Abdu Hashem, chroniqueur pour le quotidien saoudien officiel Al-Riyad, appelle les Etats du Golfe et les pays arabes à agir sur deux fronts : le front militaire, en lançant immédiatement une course aux armements nucléaires, et le front diplomatique, en entamant un dialogue avec les superpuissances et en profitant de l’ambiance générale qui place les intérêts économiques au-dessus des intérêts sécuritaires. Dans sa chronique, intitulée « Il n’y a aucune alternative à l’option d’une course aux armes nucléaires », il écrit :

« … La situation est dangereuse – très dangereuse. Et la nécessité d’agir à tous les niveaux se fait pressante. Il est nécessaire d’établir un dialogue direct et transparent avec les 5 + 1 et de prendre des mesures pour renforcer nos capacités d’auto [défense] en tant que pays, qu’entité isolée du Golfe, que groupe arabe homogène qui partage la même perception de la menace, pense de la même façon, cherche les meilleures garanties de stabilité sur ses terres et entend affronter conjointement la nouvelle réalité.

A l’instar de l’Iran qui a ouvert en grand la porte [du nucléaire], nous ne devons pas tarder à forcer cette même porte, avec toute la célérité nécessaire. Nous devons profiter de la tendance internationale [actuelle] qui privilégie les intérêts économiques plutôt que les considérations sécuritaires.

Nous sommes confrontés à une nouvelle réalité, qui ne laisse aucune place à des tergiversations sur la course aux armements. Les pays de la région doivent s’entretenir de la meilleure façon de coopérer et de coordonner [leurs actions] sur cette question vitale [de l’armement nucléaire], qui est devenue l’option privilégiée .

J’ignore si une telle démarche profitera à nos pays et populations, mais je sais qu’une hésitation ou un retard ne nous fera aucun bien. En outre, un tel accord nécessite que les pays de la région agissent pour parvenir à un équilibre dans les relations avec tous les pays du monde, conformément à nos intérêts avec chaque pays… » [10]

Nous devons construire des réacteurs nucléaires arabes pour qu’il  y ait un éuilibre des pouvoirs avec l’Iran et Israël

Dans la même veine, dans sa chronique parue dans le quotidien officiel saoudien Al-Jazirah, Jasser Abd Al-Aziz Al-Jasser écrit, sous le titre « Afin de ne pas être victime de la duperie nucléaire » : « … D’ici une décennie, l’Iran pourra fabriquer des armes nucléaires… Il a le savoir-faire, qui se développera sûrement dans la décennie à venir, sans parler des milliers de tonnes d’uranium enrichi amassés – facilitant la production iranienne d’armes nucléaires. Par conséquent, les pays de la région, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, doivent se préparer dès ce jour, et œuvrer pour créer une base scientifique et une infrastructure nucléaire en créant des réacteurs de recherche pour la production d’énergie, qui pourront aider les pays de la région à atteindre un équilibre nucléaire avec l’Iran ou avec Israël. Sinon, seuls les pays arabes seront des cibles d’extorsion, à la fois de l’Iran et d’Israël. » [11]

L’universitaire saoudien Abd Al-Aziz Al-Tuwaijri écrit dans le quotidien saoudien Al-Hayat, basé à Londres : « … Aujourd’hui, nous sommes au seuil d’une nouvelle crise qui exige des pays arabes, et des autres membres de l’Organisation de la coopération islamique [OCI], de prendre les mesures nécessaires pour affronter ce défi dangereux, renforcer et élargir la coalition arabe [opérant au Yémen, dirigée par l’Arabie saoudite] pour relever ce défi avec force et détermination… Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de dangereux défis… Nous n’avons d’autre choix que de prendre l’initiative et de développer des programmes nucléaires similaires à celui agréé par les superpuissances (les 5 + 1) et l’Iran, sous les mêmes conditions, et de subir toutes les conséquences prévues et imprévues [du développement de ces programmes], afin de préserver les terres [arabes] et de défendre leur existence et leur sécurité. » [12]

L’Arabie saoudite doit développer un programme nucléaire secret afin de pouvoir produire des armes nucléaires d’ici une décennie

Le chroniqueur d’Al-Jazirah Ibrahim Al-Hajji définit les mesures que l’Arabie saoudite doit prendre pour développer un programme nucléaire dans la décennie à venir : «… Former du personnel saoudien dans le domaine de l’énergie nucléaire, qui produira des résultats, dans le cadre d’un calendrier connu [conforme à] l’échéance de l’accord nucléaire iranien ; recruter de brillants étudiants saoudiens pour ce programme, avec un personnel spécialisé et des avantages financiers correspondant à leurs capacités scientifiques ; créer des centres de recherche et de développement [R & D] d’énergie nucléaire avant l’échéance de l’accord nucléaire iranien ; mener des recherches scientifiques clandestinement et dans le secret absolu pour préserver la sécurité nationale, et recruter des physiciens et des scientifiques du nucléaire du monde entier afin qu’ils travaillent en Arabie saoudite en échange d’avantages spéciaux, et octroyer la citoyenneté saoudienne à ceux qui le désirent. Le programme nucléaire saoudien sera prêt à développer et à produire des armes nucléaires, et à servir de moyen de dissuasion face au programme nucléaire de l’Iran, une fois que son accord avec les superpuissances expirera… »

Al-Hajji conclut son article en déclarant : « L’échéance de l’accord nucléaire iranien doit être suffisamment éloignée pour nous permettre de construire un programme nucléaire saoudien qui aura un effet dissuasif sur le programme nucléaire iranien. [13]

Notes :

[1] Daily Telegraph (Royaume-Uni), 8 juin 2015.

[2] Newnews.com.pk, 24 avril 2014.

[3] Voir Dépêche spéciale de n° 5502 Former Saudi Ambassador To Washington Turki Al-Faisal: If Iran Acquires Nuclear Weapons, The GCC Should Consider Acquiring A ‘Nuclear Deterrent’ Of Its Own; ‘The Shameful Way That The World Community Accepts The Impunity Of The Butcher Of Syria Is A Blot On The Conscience Of The World’, le 28 octobre 2013.

[4] Le quotidien libanais Al-Safir de l’axe pro-résistance a rapporté que les Etats du Golfe ont pris la décision stratégique d’entrer, dans la décennie à venir, dans la course aux armements nucléaires et aux missiles balistiques, qui a reçu l’approbation des Etats-Unis au sommet de Camp David en 2015. Selon l’article, l’Arabie saoudite a consacré 6 milliards de dollars au programme, qui ferait d’elle une puissance nucléaire en 2025. Al-Safir (Liban), 7 juillet 2015.

[5] Un responsable américain a déclaré au Sunday Times britannique que l’Arabie saoudite avait décidé d’acquérir des armes nucléaires prêtes à utiliser auprès du Pakistan, Sundaytimes.co.uk, 17 mai 2015. La BBC a rapporté que l’Arabie saoudite a fourni un soutien financier au programme nucléaire pakistanais dans le but d’acheter des armes nucléaires à l’avenir, BBC.com, 6 novembre 2013. The World Tribune a rapporté que l’Arabie saoudite a envoyé de l’argent au Pakistan pour l’achat de missiles nucléaires, qui seront livrés dès que l’Iran atteindra la même capacité, Worldtribune.com, 13 novembre 2013.

[6] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 24 juin 2015.

[7] Al-Watan (Arabie saoudite), le 19 juin 2015.

[8] Al-Hayat (Londres), 4 mars 2015.

[9] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 24 juin 2015.

[10] Al-Riyad (Arabie saoudite), le 18 juillet 2015.

[11] Al-Jazirah (Arabie saoudite), le 20 juillet 2015.

[12] Al-Hayat (Londres), le 20 juillet 2015.

[13] Al-Jazirah (Arabie saoudite), le 20 juillet 2015.


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