Diario Judío México - Le 9ème jour du mois d’Av, dans le calendrier hébraïque, est la date qui marque le plus ancien complot sioniste de l’histoire. Cette année, cela fera 1948 ans que dure cet infâme complot colonisateur des juifs européens. Les Juifs du monde entier viennent de fêter cette date par un long jeûne, emprunt de tristesse et de deuil. C’est le jour de la destruction du Temple.

En calendrier grégorien et d’après « The Jewish Revolt AD 66-74 » chez Osprey Publishing, c’est le 10 août de l’an 70 apr. JC qu’au moment le plus fort de la 4ème bataille du Temple, après 3 mois de siège et de combat dans Jérusalem, un soldat romain jette une bûche enflammée par une porte basse dorée du côté Nord de la cour intérieure du Temple. La cour étant jonchée de tissu et de bois, gravement asséchés en plein été méditerranéen, l’incendie prend immédiatement. Pour les insurgés Juifs, ce n’est pas seulement leur lieu sacré, plein de textes anciens et de trésors religieux qui prend feu mais aussi leur dernière forteresse défensive. Le désarroi est palpable chez les derniers défenseurs et les Romains poussent leur avantage. Depuis deux jours, ils ont réussi à pénétrer dans la cour extérieure, dite « Cour des femmes », interdite aux non-juifs en temps normal et les Juifs n’ont cessé de contre-attaquer pour les en chasser, en vain. Le reste du Mont du Temple n’est déjà que ruines enflammées, incendiées tour à tour par les Juifs pour bloquer les accès et par les Romains pour enlever aux Juifs leur avantage tactique de guérilla urbaine. Alors que le sanctuaire juif prend feu, avec des flammes et une colonne de fumée visibles à des kilomètres à la ronde, les Romains entrent dans la cour intérieur et massacrent, pillent, détruisent avec une rage déchaînée.

Personne ne leur a jamais résisté autant. Cela fait déjà 4 ans que la guerre des Juifs a commencé. Les Romains y ont vécu leurs pires batailles et leurs pires humiliations. La Légion XII « Fulminata » a été détruite et reformée en hâte et les autres Légions ont énormément souffert des combats acharnés. Depuis le mois d’Avril, 4 légions (Legio V Macedonia, Legio X Fretensis, Legio XII Fulminata et Legio XV Appollonaris) assiègent Jérusalem. Il leur faut 3 mois de combat pour parvenir aux murs d’enceinte du Temple et 4 assauts majeurs pour en venir à bout en un mois. Pour quiconque connait la disposition des lieux, il n’est possible que de frémir en imaginant l’intensité des combats. Un véritable Stalingrad antique au corps à corps sans merci et sans répit.

La chute et la destruction ne signifient pourtant pas la fin de la bataille de Jérusalem. Les insurgés tiennent encore la ville basse, au sud du Mont du Temple et le Palais d’Hérode, au Sud-Ouest. Il faudra encore 1 mois de combats, d’incendies, de pillages et de destructions pour voir la chute du Palais d’Hérode, le 7 septembre. Les survivants tentent de s’enfuir dans les ruines de la villes ou les canaux souterrains, allant jusqu’à se cacher dans les fosses à purin.

Le bilan humain de la destruction de Jérusalem est incroyable pour l’époque. Flavius Josèphe parle de 1,1 millions de morts, les Annales de Tacite parle de 600 000 morts, soit l’équivalent des 10 mois de combat de la Bataille de Verdun en 1916. Ce chiffre élevé serait en partie expliqué par le fait que le siège a commencé alors que des pèlerins juifs de toutes régions étaient venus pour célébrer la Pâque à Jérusalem et y ont été coincés.

Ce jour-là, 10 août 70, 9ème jour du mois d’Av, au milieu des cris d’horreur et des larmes inconsolables à la vue du Temple en train de s’effondrer en flammes et de la haute colonne de fumée qui couvrait la ville, a vu émerger le plus infâme, le plus ancien, le plus secret et le plus horrible des complots juifs de l’histoire: celui d’un peuple dévasté de tristesse face à la destruction de ses trésors et l’occupation de son pays promis se jurant d’un jour revenir et reconstruire.

Ce jour-là, dans les collines de Judée, je suis certain qu’un grand-père, appuyé sur son bâton, a mis la main sur la tête de son petit-fils écrasé de chagrin face aux colonnes de flammes et à la clameur qui venait de Jérusalem et lui a dit, avec toute la sagesse triste d’un vieux juif: « Iohanan, nous reviendrons, nous rebâtirons Sion, nous dresserons à nouveau des murailles autour de la Cité de David, nous rebâtirons le Temple de Dieu et Dieu habitera à nouveau parmi nous, comme il nous l’a promis. Iohanan, l’an prochain, à Jérusalem! »

Non, le sionisme n’est pas né sous la plume de Theodor Herzl en 1895 pour déposséder les arabes palestiniens de leurs terres ancestrales.

Le sionisme est né dans la voix triste mais confiante de ce grand-père anonyme, le 10 août 70, devant l’incendie du Temple juif de Jérusalem, avec tout l’espoir de reconstruction, de renouveau, de liberté et de bonheur que cette phrase peut contenir: « L’an prochain à Jérusalem ».

C’est vrai que ce projet est absolument infâme, n’est-ce pas?