Diario Judío México - Par : D. Hazan *

Les jeunes femmes palestiniennes sont en première ligne des manifestations, des affrontements violents avec les forces de sécurité, et même des attaques au couteau au centre de la vague de violence palestinienne actuelle. Ces activistes appartiennent à différents secteurs de la société : portant le hijab ou le voile, tête et visage découvert ; en vêtements traditionnels ou modernes, parfois maquillées ; transportant des sacs à main ou même des cartables. De même, leur participation à la « résistance » varie : du jet de pierres et de bombes incendiaires aux coups de poignard et à la confrontation verbale ou physique de policiers ou de soldats israéliens.

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Image : Instagram, 18 Octobre, 2015

Cette visibilité des femmes a incité les médias palestiniens et arabes à publier des dizaines d’articles sur la question des femmes dans la « résistance » palestinienne. Pour la grande majorité des journalistes, le phénomène est loin d’être nouveau, les femmes palestiniennes ayant toujours joué un rôle actif dans la lutte palestinienne, y compris armée, notamment au cours de la deuxième Intifada. Mais, observent-ils, la situation est cette fois différente, leur présence étant plus perceptible et car elles sont passées « des coulisses… à l’avant-garde du conflit ». Certains journalistes vont même jusqu’à affirmer que ces femmes sont considérées comme les dirigeantes de la lutte actuelle, au détriment des hommes.

Beaucoup de journalistes louent la beauté des femmes et leur apparence moderne ; certains saluent leur participation active, leur courage et leur volonté de devenir des martyrs au nom de leur patrie et les appellent « les dames du pays », « la gloire de l’islam » ou encore « les nouvelles femmes cananéennes ».

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Image: Alwatanvoice.com, 10 Octobre, 2015

Dans le même temps, certaines voix dans la rue arabe et sur les médias sociaux expriment un point de vue conservateur, affirmant, par exemple, que les vêtements modernes de certaines manifestantes contreviennent aux valeurs de la société palestinienne et que les femmes ne devraient pas participer à l’Intifada, leur place étant à la maison. Ainsi, Mohammed Shalabi, alias Abou Sayyaf, figure proéminente du courant salafiste-djihadiste jordanien, exhorte les Murabitat [1] à retourner chez elles, leur activité pouvant selon lui affecter leur honneur, ce qui est encore pire que de porter atteinte à Al-Aqsa.

Cette attitude conservatrice est largement critiquée dans les médias arabes. Plusieurs journalistes fustigent les détracteurs des femmes activistes et les appellent à les considérer non comme des femmes, mais comme des êtres humains comme les autres qui se battent pour leur pays. En réaction aux arguments selon lesquels la place des femmes est à la maison, et à la critique des vêtements « impudiques » de manifestantes, une journaliste fait valoir que ces opinions sont une interprétation erronée de la charia. Pour une autre, « les femmes sont la clé du changement » et tant qu’elles seront opprimées, « il n’y aura pas d’évolution dans notre douloureuse réalité arabe ».

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Image : Facebook, 9 Octobre, 2015

Note :

[1] Femmes du mouvement islamiste Al-Murabitoun, qui organise les protestations dans le complexe d’Al-Aqsa, notamment pour empêcher les juifs d’y prier.

* D. Hazan est chargée de recherche à MEMRI

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