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Le militant progressiste koweïtien Nasser Dashti a déclaré, dans une interview diffusée sur la chaîne Al-Rawdatain (Koweït) le 21 mars 2019, que la réforme devait être avant tout culturelle. Selon lui, celle-ci commence par l’éducation, les médias, la diffusion de la culture laïque et la confrontation avec les adversaires de la laïcité par le débat. Dashti a observé que les sociétés laïques étaient prêtes à reconnaître ouvertement leurs erreurs et évoluaient grâce à l’expérience et l’autocritique : « La différence entre nous et eux, c’est que nous cachons [nos échecs] aux médias », a-t-il estimé. Dashti a reproché à la religion de diviser les familles, détruire les pays, entraver l’art et la recherche scientifique en forçant les esprits à accepter des « histoires dignes de dessins-animés ». Extraits :

Nasser Dashti : J’estime que la réforme ne peut être politique. Elle doit être culturelle. Elle doit commencer à la maison et par l’éducation. Elle doit commencer par les médias, par la propagation de la culture laïque et par des tentatives de débat avec les adversaires de la laïcité. De mon point de vue en tous cas, la confrontation est nécessaire.

Journaliste : La France compte actuellement neuf millions d’hommes et de femmes pauvres, 400 000 hommes et femmes sans abri qui vivent dans la rue en France. […] Est-ce la laïcité que vous voulez ?

Nasser Dashti : La beauté de la laïcité est qu’elle est sans prétention et claire pour tout le monde. La laïcité admet son caractère relatif et assume ses erreurs, car c’est un processus dynamique qui se développe par l’expérience et l’autocritique. Si vous examinez l’histoire de la laïcité… Vous avez la France avant Napoléon et vous avez la France d’aujourd’hui. Vous avez l’Amérique du passé et l’Amérique d’aujourd’hui. Elles sont différentes, car la laïcité repose sur l’autocritique. Lorsque la France vit de tels événements [sociaux difficiles], ils sont débattus dans les médias et les citoyens français en parlent au monde pour tenter de résoudre les problèmes, ou au moins reconnaître qu’il y a une catastrophe. Vous et moi sommes des Koweïtiens, au Koweït, et nous parlons de ce qui se passe en France. Mais pourquoi ne parlons-nous pas des bidoun [apatrides] au Koweït ? Pourquoi ne parlons-nous pas des personnes déplacées dans les pays du tiers monde ? Vous me parlez de la pauvreté et des déplacés en France et en Amérique, soit, mais cela ne peut se comparer au pourcentage observé au Moyen-Orient ou dans les pays du Tiers-monde. C’est incomparable. La différence entre nous et eux est que nous cachons ces choses aux médias. […]

Tous ces problèmes existent chez nous aussi. Ces catastrophes sont partout. Personne ne dit que la laïcité est parfaite. Ce qui est beau dans la laïcité, c’est qu’elle reconnaît ces problèmes et tente de les résoudre, et ce ouvertement. En outre, il ne faut pas oublier que la France a accueilli de nombreux réfugiés de pays africains et même arabes. Les erreurs sont donc inévitables. Je ne cherche pas d’excuses. Au contraire, j’émets des critiques si aucune solution n’est trouvée. Nous avons tous vu les manifestations et les sit-in en France ces derniers temps… Lorsque la critique est de mise, nous critiquons, mais cela ne signifie pas que nous soyons meilleurs. Nous ne sommes pas meilleurs, nous sommes pires. […]

La religion ne parle à personne. Certains textes encouragent les adeptes à adopter un discours qui entrave la recherche scientifique et l’art, divise la famille, détruit le pays, déchire l’unité nationale et ruine la recherche scientifique en la forçant à accepter les histoires des textes religieux dignes de dessins-animés.

Journaliste : C’est ce qui se passe quand la religion est mal utilisée.

Nasser Dashti : C’est la seule façon dont on l’utilise, car la religion ne contient pas de savoir. Je l’ai déjà dit et je le répète pour la énième fois : la religion ne contient pas de savoir. Elle ne présente pas de solutions. La religion est une affaire spirituelle. C’est pourquoi j’ai répété maintes fois que nous devions réexaminer la religion de l’extérieur, pas de l’intérieur. Toutes les tentatives de réforme religieuse n’ont donné aucun résultat. Les intentions étaient bonnes, mais c’étaient toutes des tentatives visant à rafistoler et embellir la pensée religieuse. La pensée religieuse ne doit pas sortir des lieux de culte et doit faire partie de l’héritage historique de la société.

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