Diario Judío México - Par Z. Harel*

Les troubles en Jordanie ne faiblissent pas et les manifestations fréquentes menacent de déstabiliser le pays. Non seulement la situation économique désastreuse du royaume – un des facteurs suscitant les protestations – ne s’est pas améliorée, en dépit des mesures d’austérité, [1] mais elle s’est même aggravée. Outre les appels à régler les problèmes économiques, différentes forces politiques – incluant non seulement l’opposition traditionnelle mais aussi les dirigeants de tribus, d’anciens officiels du régime et des officiers de l’armée à la retraite – ont demandé des réformes politiques et même appelé à restreindre les pouvoirs du roi. [2]

Plusieurs acteurs importants ont participé activement aux manifestations en Jordanie au cours des derniers mois :

  1. Les chômeurs, et les mouvements de protestation populaire : A la mi-février, de jeunes chômeurs sont descendus dans la rue, tout d’abord à Aqaba, puis dans le reste du pays, pour marcher en direction du Palais royal d’Amman, devant lequel ils ont effectué un sit-in. Le directeur du Palais royal, Yousef ‘Issawi, et des officiels haut-placés du gouvernement, ont rencontré chaque jour des représentants des grévistes et maintenu des contacts avec eux afin de tenter de résoudre la crise et de les persuader de mettre fin à leur manifestation et à la grève, mais en vain. En outre, pendant plusieurs mois, des mouvements de protestation populaire ont tenu une manifestation régulière le jeudi devant le cabinet du Premier ministre à Amman, réclamant une réforme politique et économique globale. A plusieurs occasions, les manifestants ont scandé des slogans contre le Roi et réclamé une monarchie constitutionnelle.
  2. Les tribus qui constituent le soutien traditionnel du régime (les tribus ont aussi participé aux manifestations du Printemps arabe en Jordanie [3]): Un mouvement de protestation identifié à la plus grande tribu de Jordanie, les Bani Hassan, a récemment posté sur les médias sociaux une déclaration virulente contre le Roi, la Reine et leurs associés. Cette déclaration les accuse de corruption et de tyrannie, et de promouvoir leurs intérêts aux dépens du peuple jordanien, et appelle donc à destituer le Roi et à changer le système de gouvernement. Des forces identifiées avec d’autres tribus ont apporté leur soutien à cette déclaration, parmi lesquelles les tribus des Bani ‘Abbad et des Bani Hamida.
  3. D’anciens officiels du régime et officiers de l’armée, dont de nombreux membres de tribus, ont également exprimé leur insatisfaction concernant la conduite et la politique du régime. La commission nationale de suivi, groupe d’hommes politiques et d’officiers de l’armée à la retraite, ont publié deux communiqués au cours des derniers mois, accusant le Roi et les membres de sa Cour de corruption et de mauvaise gestion, et les appelant à prendre des mesures pour sauver le pays, y compris en limitant les pouvoirs du Roi.
  4. Les Frères musulmans (FM), principal groupe d’opposition en Jordanie, ont exploité les protestations dans le Royaume pour marquer des points politiquement. Des membres du mouvement ont publié des déclarations de soutien aux manifestations critiquant le régime, tandis que des représentants des FM ont participé aux manifestations et exprimé leur solidarité avec le mouvement de protestation des Jordaniens sans emploi. L’ancien contrôleur général des Frères musulmans en Jordanie, Salem Al-Falahat, est membre de la Commission nationale de suivi, qui a publié les communiqués contre le Roi.

Au vu des pressions, le régime a pris plusieurs mesures populistes, y compris, début février, l’adoption d’une loi d’amnistie générale annulant les peines de prison prononcées envers des milliers de personnes condamnées pour différents délits,[4] mais cela ne semble pas avoir calmé la situation et les protestations se poursuivent. En outre, différents incidents ont conduit à l’intensification des protestations. Ainsi, des documents officiels divulgués et diffusés sur les médias sociaux, qui révèlent la corruption en cours au sein des institutions publiques et de l’armée, et la désignation de fonctionnaires percevant des salaires exorbitants,[5] ont causé une telle indignation que le Roi lui-même a été contraint de réagir. Dans un tweet, il a condamné la divulgation des documents, tout en soulignant le fait que les jeunes devraient pouvoir trouver un emploi conforme à leurs aptitudes.[6]

Lire le rapport intégral en anglais, qui passe en revue les principaux acteurs impliqués dans les protestations de ces derniers mois en Jordanie.