Il  est assez surprenant, en 2022, de voir se côtoyer dans les rayons des libraires, des ouvrages de Sartre, de Camus, de Kafka et de… Maïmonide. C’est au docteur Ariel Toledano, médecin vasculaire qui enseigne l’histoire de la médecine à l’université Paris Descartes, que l’on doit ce retour, aussi inattendu qu’agréable,  sur le devant de la scène du grand philosophe juif.

La pandémie de Covid 19 aura au moins eu un côté positif car, nous dit Ariel Toledano, « J’ai fini la traduction du Traité des Huit Chapitres de Maïmonide au cours du confinement instauré en France du 16 mars au 11 mai 2020 ».

Moïse Maïmonide, le Rambam, est né à Cordoue le 28 mars 1138. Son père était alors juge rabbinique et dirigeant de la communauté juive locale. Dès la naissance de Maïmonide, c’est le drame : sa mère meurt en couches ! D’autres malheurs s’abattront sur le Rambam . Ainsi, quand la famille choisira de quitter l’Andalousie pour s’établir à Fès au Maroc, son maître, Rabbi Yéhouda Cohen Ibn Shushan, sera exécuté pour avoir refusé de se convertir à l’islam. En 1173, son frère périt dans un naufrage au large de l’océan Indien.

Moïse Maïmonide est mort le 13 décembre 1204 à Fostat en Egypte et a été inhumé définitivement en terre d’Israël à Tibériade.

Véritable initiation à une éthique de vie intérieure, ce Traité a été rédigé en arabe par Maïmonide en 1168. Il comporte deux parties : une courte introduction et huit chapitres qui abordent les fondements de l’éthique telle que la conçoit le grand médecin philosophe. Car, pour lui, l’ambition ultime de l’homme serait de parvenir à un état si vertueux qu’il puisse atteindre le niveau de la prophétie. C’est au Moyen  ge que Judah Al Harizi et, plus tard, Samuel Ibn Tibbon, ont traduit ce texte en hébreu. Jules Wolf en a assuré la traduction française en 1927 suivi, plus récemment, en 2001 par Rémy Brague. Le travail proposé par Ariel Toledano est donc le troisième du genre. Il nous permet de redécouvrir ce que Franklin Rausky aimait considérer comme « le premier traité hébraïque et judaïque de psychologie ».

Les huit chapitres s’intitulent successivement :

  • 1/ « L’âme de l’homme et ses facultés ». Maïmonide dénombre cinq parties de l’âme : nutritive, sensitive, imaginative, attractive, intellectuelle et, pour ce qui est de la partie nutritive, sept facultés : attrait des aliments, maintien des aliments, digestion, excrétion des déchets, croissance, procréation et distinction entre ce qui nourrit et ce qui doit être éliminé.
  • 2/ « Les facultés de l’âme et la loi. Connaissance des parties dans lesquelles se trouvent les vertus et les défauts ».
  • 3/ Les maladies de l’âme » où se pose la question de l’origine de la morale.
  • 4/ « Le traitement des maladies de l’âme » où l’on trouve, entre autre, une critique de l’ascétisme.
  • 5/ « Utilisation des facultés de l’âme vers la connaissance de Dieu comme but unique ». Maïmonide dénombre sept niveau pour parvenir à la connaissance de Dieu : physique ou corporel, financier, étude, langage, contemplation, humour et maintenir l’honneur de Dieu.
  • 6/ « Deux formes d’homme juste (tsadik) ».
  • 7/ « Les voiles et leur signification ».
  • 8/ « De la nature humaine ».

Là aussi, Maïmonide décidemment très à l’aise avec les chiffres nous propose quatre principes de la liberté de l’homme : Les commandements, l’étude, l’éducation et l’apprentissage d’un métier, La rétribution (récompense et punition) et les précautions. On découvre  que Maïmonide a, d’une certaine façon, envisagé le principe de la gravitation quand il écrit : « En effet, si quelqu’un jette une pierre et qu’elle descende vers le bas, on dira que c’est par la volonté de Dieu qu’elle est attirée vers le bas… ». Ariel Toledano préfère préciser que « Maïmonide adhère à la théorie des quatre éléments à savoir l’eau, le feu, la terre et l’air. Il n’est évidemment pas question de gravitation dans l’esprit de Maïmonide… ». mais qui sait !

Un ouvrage fondateur. De nombreuses notes agrémentent ce livre d’une lecture très agréable. À découvrir !

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions In Press. Février 2021. Traduction et commentaires par Ariel Toledano. 144 pages. 17 €.

FuenteCrif

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