Diario Judío México - A l’approche de la Journée mondiale de la population, le 11 juillet, l’Agence centrale égyptienne de mobilisation publique et des statistiques (CAPMAS) a publié le 9 juillet 2019 des statistiques sur la population égyptienne, indiquant qu’au début 2019, elle avait atteint 98,1 millions. Cela représente une augmentation de 3,3 millions depuis le dernier recensement, en 2017, où elle atteignait 94,8 millions. [1] 

Cette croissance démographique rapide est très préoccupante pour le régime égyptien, qui doit veiller à l’éducation, à la santé et à de nombreux autres services, alors que le pays est plongé dans une crise économique profonde. [2]

Depuis quelque temps, le régime égyptien encourage le contrôle de la population dans le pays. Ainsi, le 26 janvier 2019, le Conseil national de la population s’est réuni pour la première fois en quatre ans. Lors de cette séance plénière, il a réaffirmé ses missions, et notamment le contrôle de la population. La ministre de la Santé, Hala Zayed, a annoncé que le conseil mènerait une politique démographique permettant la croissance socio-économique la plus élevée. Le porte-parole du ministère de la Santé, Khaled Mujahed, a déclaré que la conférence reflétait l’engagement de l’Etat à appliquer une politique visant à trouver un équilibre entre la croissance démographique, les ressources disponibles, et à accroître l’investissement dans les ressources humaines. [3]

D’éminents cheikhs égyptiens, parmi lesquels le ministre des Dotations religieuses Mohammed Mukhtar Gumaa et l’ancien mufti Ali Gumaa, se sont joints aux efforts d’information du régime. Le ministre Gumaa a affirmé que le contrôle des naissances était autorisé dans l’islam, et que les circonstances actuelles le rendaient nécessaire, tandis que l’ancien mufti a déclaré qu’il était autorisé, même si une femme évitait une grossesse pour des raisons esthétiques. Mohammed Salah Al-Badri, qui écrit dans le quotidien égyptien Al-Watan, a également abordé la question dans un article, appelant les institutions religieuses officielles à s’employer à changer la conception populaire, selon laquelle le fait d’avoir des enfants est une question religieuse avant d’être une question économique, et à convaincre la population de l’importance vitale de la planification familiale.

De son côté, l’Union internationale des savants musulmans (IUMS), basée au Qatar et soutenue par la Turquie, connue pour son opposition au régime du président égyptien Al-Sissi, a republié un éditorial du Dr Ahmad Al-Raissouni affirmant qu’un taux de naissance et d’éducation élevé constituait le djihad suprême parce qu’il préservait l’islam et l’espèce humaine.

On trouvera ci-dessous des extraits de déclarations sur le sujet du contrôle de la population et de la planification familiale en Egypte :

Le ministre égyptien des Dotations religieuses : La planification familiale est pour « le bien de la mère, de l’enfant, de la famille et de la société »

Dans son sermon du vendredi 12 juillet donné à la mosquée du Sultan Hassan du Caire, le ministre des Dotations religieuses, Mohammed Mukhtar Gumaa, a abordé notamment le sujet de la planification familiale dans le contexte du taux élevé des naissances en Egypte. Il a déclaré : « Certains pensent qu’ils peuvent se permettre de donner naissance à n’importe quel nombre d’enfants. Mais cela ne concerne pas seulement l’individu, et cette question de [croissance] de la population ne doit pas être envisagée comme isolée de la situation de la société et de l’Etat, et des capacités de l’Etat. Un homme peut nourrir ses enfants, mais peut-il leur offrir un cadre ? Peut-il leur offrir l’électricité, une bonne éducation et une bonne santé seul, indépendamment de l’Etat ? [Puisqu’il ne peut le faire, élever des enfants] ne se mesure pas seulement à l’aune des capacités individuelles des gens, mais à celle de leurs capacités et de celles de l’Etat réunies. » [4]

Le ministre Gumaa a ajouté, tenant compte du fait que le mufti égyptien Shawki Alam et d’autres hauts représentants assistaient à son sermon, que ses déclarations étaient acceptables aux yeux du mufti et d’Al-Azhar, et a souligné : « La planification familiale n’est absolument pas contraire à l’islam – au contraire, notre réalité exige une telle planification, pour le bien de la mère, de l’enfant, de la famille et de la société. Cela est dû au fait que ce qui importe n’est pas d’avoir beaucoup d’enfants, mais notre capacité à élever une génération qui bénéficiera de bons [soins] de santé, d’une bonne éducation et de bons services. Si la croissance démographique [en Egypte] n’est pas maîtrisée… il ne sera possible de bénéficier d’aucune croissance. » [5]

L’ancien mufti égyptien Ali Gumaa : Les femmes peuvent recourir à des moyens de contraception

Dans une vidéo diffusée plusieurs jours auparavant, le 7 juillet 2019, l’ancien mufti égyptien Ali Gumaa a répondu à une question d’une femme. Elle demandait : « J’ai un fils et une fille, et je voudrais empêcher une nouvelle grossesse. Est-ce autorisé ? » Il lui a répondu « c’est autorisé », expliquant que sa décision se fondait sur celle de l’imam Al-Ghazali [6], qui a déclaré qu’une femme était en droit de prévenir une grossesse même si sa seule crainte était que la grossesse ne porte atteinte à son apparence. [7]

Un journaliste d’Al-Watan : Changer la perception du public selon laquelle avoir des enfants est une question religieuse

Après la publication des statistiques démographiques, Mohammed Salah Al-Badri a écrit dans le quotidien Al-Watan, affilié au régime égyptien, que le taux de croissance démographique égyptien était l’un des plus élevés au monde et que cette question était une priorité absolue. Il a affirmé : « Le président Al-Sissi a mis en garde plus d’une fois et à diverses occasions contre le danger d’une [forte] croissance démographique. Il a souligné le fait que c’était comparable au terrorisme, et que cela entravait tous les moyens de développement de l’Etat. [Il] a ordonné à plusieurs reprises que des mesures appropriées soient prises pour la limiter, mais je pense que des efforts insuffisants ont été accomplis à ce sujet. » Faisant remarquer que les campagnes de planification familiales du régime n’avaient suscité aucun attrait, en raison des fatwas sans fondement émises par des cheikhs sans éducation ni qualification, selon lesquelles avoir des enfants était une question plus religieuse qu’économique, Mohammed Salah Al-Badri a appelé les institutions religieuses officielles, y compris Al-Azhar, à peser sur la campagne afin d’aider à changer les opinions des masses, et à impliquer le ministère de la Santé et le ministère de la Solidarité sociale dans ces efforts. Il a également appelé à donner une couverture médiatique aux cheikhs qualifiés et aux experts de l’économie et du logement, pour leur permettre de convaincre le public de l’importance de limiter la taille des familles. [8]

Un cheikh s’oppose à la planification familiale : avoir des enfants est un djihad pour Allah

Alors que le discours religieux en Egypte en faveur d’un taux des naissances réduit se poursuit, l’Union internationale des savants musulmans (IUMS) a remis en ligne un article ancien de son dirigeant, cheikh Ahmad Al-Raissouni, s’opposant à toute limitation de la taille des familles. L’IUMS a été fondée en 2004 par le cheikh Youssouf Al-Qaradawi, connu pour être le chef spirituel des Frères musulmans, et est soutenue par le Qatar et la Turquie, dont les relations avec le régime égyptien sont tendues. La republication de cet article est probablement liée au débat religieux actuel sur le sujet.

L’article, datant de 2014, avait été publié sur le site de l’IUMS sous le titre « Avoir des enfants et les éduquer est le djihad le plus puissant ». Il affirmait « qu’avoir des enfants et les éduquer est l’un des objectifs les plus importants de l’islam – préserver la graine [islamique] qui conduira à son tour à la préservation de l’islam et lui permettra de perdurer à jamais. Cela en raison du fait que la préservation de l’espèce humaine – aux moyens de laquelle l’islam existe – le permettra. » Il ajoutait que, si autrefois il y avait des guerres de conquête et des conversions à l’islam, aujourd’hui le nombre des convertis était moindre, et « il n’y a pas d’autre choix de qu’engendrer une descendance afin de préserver l’islam et d’élever des musulmans. Par conséquent, avoir des enfants est un djihad pour Allah et pour la religion. » [9]

Lire le rapport en anglais 

Notes :

[1] Anwarmarefa.com/tfr/24446, 9 juillet 2019.

[2] Voir MEMRI en français La crise économique en Egypte déclenche des appels de plus en plus nombreux à réduire le taux de natalité du pays – Partie I, 7 décembre 2016 ; La crise économique en Egypte déclenche des appels de plus en plus nombreux à réduire le taux de natalité du pays – Partie II, 8 décembre 2016.

[3] Al-Ahram (Egypte), 26 janvier 2019.

[4] Ar.awkafonline.com,12 juillet 2019

[5] Elbalad.news, 12 juillet 2019.

[6] Abou Hamad Mohammed Al-Ghazali (1058-1111), philosophe, théologien et décisionnaire médiéval perse orthodoxe sunnite.

[7] Youtube.com/watch?v=eFTiVMmvtI8, 7 juillet 2019.

[8] Elwatannews.com, 16 juillet 2019.

[9] Iumsonline.org, 17 juillet 2019. Il convient d’observer que cet article a été publié des années auparavant, le 21 janvier 2014 sur Hespress.com.