Lors d’une interview diffusée le 27 octobre 2018 sur la chaîne télévisée égyptienne Mehwar, l’ancien ministre koweïtien de l’Information, Sami Abdullatif Al-Nesf, a salué Oman pour son soutien à l’ « Accord du siècle » et son désir de parvenir à des solutions réalistes au problème palestinien.

Selon Al-Nesf, la cause palestinienne a payé cher le choix de mauvais dirigeants et est devenue la cause des occasions manquées. Observant que personne n’a autant nui à la cause palestinienne que les extrémistes, il a accusé ceux qui prétendent aimer la Palestine de vouloir « la guerre » et de « se battre jusqu’au dernier enfant palestinien ». D’après lui, l’ « Accord du siècle » ne devait pas être rejeté d’emblée, et ceux qui le rejettent devraient proposer une autre solution. Extraits :

Sami Al-Nesf : Trois observations concernant la cause palestinienne. Tout d’abord, vous êtes responsable des dirigeants que vous élisez. Lorsque vous élisez de mauvais dirigeants, vous en payez le prix. La cause palestinienne a vu le jour avec le mufti Amin Al-Husseini, qui est allé voir Hitler et a fait d’autres mauvais choix. […]

Comparez les cas de Mugabe et de Nelson Mandela. Mugabe a chassé les Blancs et le [Zimbabwe] est devenu le pays le plus pauvre d’Afrique. En revanche, Nelson Mandela est parvenu à un compromis [avec les Blancs] et l’Afrique du Sud est devenue le pays le plus riche d’Afrique.

Nous aurions pu parvenir à un compromis [avec Israël]. Nous aurions pu accepter l’une des offres qui nous ont été faites à l’époque, mais vous ne pouvez pas dire 20 ans plus tard : « Maintenant nous voulons le plan de partition [de 1947]. » Personne ne parle plus de la Commission Peel, alors que ses recommandations [nous] étaient encore plus favorables que le Plan de partage. Nous devons payer le prix du choix de mauvais dirigeants qui ont pris de mauvaises décisions. La cause palestinienne en a payé le prix. La cause palestinienne est devenue la cause des occasions manquées. Ce n’est même pas une cause unique. Il y avait des colons en Algérie, et il en va de même pour l’Afrique du Sud. Il en va de même dans de nombreux pays, où des immigrants sont venus de l’étranger. Même en Irlande du Nord, la majorité des protestants venaient d’Ecosse. Ils n’étaient pas natifs d’Irlande. Néanmoins, des solutions ont été trouvées avec les nouveaux venus.

Nous avons à présent bouclé la boucle. Tout a été essayé : faire du raffut, détourner des avions, perpétrer des attentats, s’ingérer dans les affaires arabes et bien d’autres choses encore. Tout cela a conduit la cause palestinienne à n’être même plus mentionnée dans les informations. Aujourd’hui, il y a une autre occasion. Ce que fait Oman aujourd’hui… On sait qu’Oman a souvent adopté des positions sages, même à l’époque du président Sadate…

Animateur : Oman n’a pas pris part au boycott arabe de l’Egypte.

Sami Al-Nesf : Au bout du compte, les avantages des accords de Camp David dépassent de loin ses inconvénients. […]

Personne n’a autant nui à la cause palestinienne que les extrémistes. Les voix rationnelles n’ont jamais eu la moindre chance, et il y avait des gens rationnels à l’époque. Le mufti Amin Al-Husseini avait une milice de chemises noires qui ont tué plus de modérés [palestiniens] que de juifs. […]

Animateur : Nous avons besoin de ce que l’on pourrait appeler « une diplomatie réaliste ».

Sami Al-Nesf : Exact ! Une overdose de réalisme ne me dérangerait pas. Oman assume actuellement ce rôle. Il veut parvenir à des solutions réelles et réalistes au problème. Ceux qui prétendent aimer les Palestiniens veulent la guerre et se battre jusqu’au dernier enfant palestinien. Ces gens sont rarement touchés. Ils sont loin et ils emploient de grands mots, mais la réalité que j’ai constatée en Palestine est tragique. 

Animateur : Il y a un dicton égyptien qui dit : « Ululez tant que vous voulez, ce n’est pas vous qui payez ! »

Sami Al-Nesf : Exactement. Ceux qui n’ont pas de relations avec Israël appellent toujours à rompre les relations. Ceux qui ne partagent pas de frontière avec Israël appellent toujours à la guerre. Ceux qui n’ont pas de pétrole appellent toujours à un embargo sur le pétrole. Nous avons cette culture consistant à vouloir que les autres fassent ce que nous ne sommes pas disposés à faire. La cause palestinienne est une cause centrale. Le rôle joué par Oman est positif et il en va de même pour l’Égypte. Je pense que s’il y a un « Accord du siècle », nous ne devons pas le rejeter d’emblée, comme nous l’avons fait en 1937, en 1948, en [1965] avec la proposition de Bourguiba, etc. Nous devons nous demander quelle est l’alternative. Ceux qui rejettent l’accord devraient proposer une alternative. Avez-vous une armée capable de libérer [la Palestine] ? Allez-y, faites-le. Non ? Jusqu’à quand vont-ils faire commerce de la terre et du sang palestiniens ? Nous sommes en train de perdre la terre tandis que le sang coule.

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